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Les bases neuro-physiologiques de la musicothérapie (Grenoble, avril 1974)

Texte programmatique : pour fonder la musicothérapie sur des bases scientifiques solides, Tomatis pose le principe que toute « validité thérapeutique des sons » suppose d'abord d'élucider les implications neurologiques sous-jacentes. Le corps humain — instrument idéalement conçu pour vibrer à l'unisson — est à la fois émetteur-créateur et oscillateur-récepteur. À ce double titre, il rend possible la transmission d'une expérience vécue d'un corps à un autre. Une véritable pharmacopée sonore ne peut s'élaborer qu'à partir de cette connaissance physiologique du « son bénéfique ».

Vers un fondement neuro-physiologique de la musicothérapie

Prétendre baser la musicothérapie sur un fondement neuro-physiologique, c'est bien entendu accorder à celle-ci un statut d'existence. Mais, à notre avis, il ne servirait à rien de tenter une approche concernant la validité thérapeutique des sons s'il ne nous était pas donné de découvrir les implications neurologiques qui y sont insérées. Ne peut-on de surcroît, dans une pareille tentative, y trouver le moyen le plus efficace pour assurer à cette science — en fait vieille comme le monde — le droit d'accéder au plan des techniques dignes d'être appliquées et largement développées dans une perspective d'humanisation ?

Je pense d'ailleurs que ces considérations permettront de rétablir l'ordre dans un domaine où nombreux sont ceux qui opèrent à l'aveugle, pourrait-on dire, oublieux qu'ils sont des lois et des règles qui président au bon fonctionnement des mécanismes qu'ils prétendent mettre en cause. Ainsi se dégageront les notions mêmes de la possibilité d'une action thérapeutique de la musique, en même temps que se préciseront les critères qui conditionnent son efficacité.

Le corps, instrument idéal de la résonance

Vis-à-vis de la musique, nul doute que l'ensemble le plus idéalement conçu pour se prendre à vibrer à l'unisson est le corps humain. Ce dernier permet non seulement de faire surgir ce mode d'expression qu'est la musique, mais encore il la crée comme propre émanation de lui-même en ses rythmes, modulations, mélodies — autant d'éléments structuraux qui évoquent sans conteste la dynamique d'un véritable langage.

Pour accéder plus facilement à la compréhension de ce double aspect du corps — créateur-émetteur d'une part, et oscillateur-récepteur d'autre part — il est évident que la meilleure solution est de considérer l'instrument-corps sous son aspect neurologique, muni de ses accessoires de statique et de motricité qui vont induire ultérieurement les contre-réactions temporo-spatiales si intimement liées aux notions de rythme et de mélodie.

Un système neurologique ne peut être envisagé « créant » que vu sous son aspect le plus hautement contrôlé, donc cybernétiquement élaboré. Non pas qu'on puisse par là nier la spontanéité de la production : mais cette dernière ne revêt l'aspect d'un jaillissement à partir d'une source créatrice que si le compositeur peut percevoir, analyser et reproduire — en le traduisant, en le transcrivant — ce qu'il semble recevoir.

De la transmission d'un corps à l'autre

La musique permet, par son support acoustique, de transmettre cette expérience personnellement ressentie — et par là vécue consciemment — à un « corps-oscillant » capable de se mettre à l'unisson et apte à reproduire intérieurement, jusqu'à la revivre, cette intention musicalement exprimée.

Ce sont ces moyens de transmission d'un corps à l'autre qu'il nous intéresse d'étudier ici. Il est évident que la qualité de l'émetteur-compositeur va conditionner, pour une large part, la valeur thérapeutique du message sonore utilisé. Quant à l'efficacité de ce dernier, le point d'impact sera d'autant plus certain que nous connaîtrons les critères de mise en résonance du corps à thérapier.

Vers une pharmacopée sonore

Ainsi, la connaissance des qualités physiologiques d'un son « bénéfique », puis-je dire, doit permettre d'élaborer une pharmacopée sonore — qui jusqu'alors s'est limitée à quelques balbutiements, faute de posséder les bases scientifiques nécessaires susceptibles d'assurer le contrôle des effets produits.

— Dr A. A. Tomatis. Résumé de l'exposé prononcé aux Journées d'information sur les techniques psycho-musicales, Conservatoire de Grenoble, 1er-2-3 avril 1974.

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Traitement de la dyslexie par la technique de l'effet Tomatis (Gillis & Sidlauskas, Pau 1976)

Étude expérimentale contrôlée — la première à manipuler directement les variables de la méthode Tomatis. Dix enfants de 8 ans présentant des troubles sérieux de lecture sont examinés en lecture sous quatre conditions de rétroaction auditive : oreille droite avec ou sans modification fréquentielle, écoute biauriculaire avec ou sans modification. Au terme d'une cure de quatre mois (deux séances par jour, tous les jours de classe), la lecture s'améliore significativement (vocabulaire et compréhension passent de 1,88 à 2,43 sur le Gates-McGinitie), et la rétroaction préférentielle à l'oreille droite ainsi que l'amplification des fréquences supérieures à 1000 Hz produisent chacune un gain mesurable de mots lus par minute. Les enfants qui mémorisaient le mieux les chiffres dichotiques à l'oreille gauche sont ceux qui ont le plus progressé sous condition « oreille droite » — corroboration empirique du rôle privilégié que la théorie Tomatis attribue à l'oreille droite dans la lecture.

Résumé

En vue de contrôler deux aspects importants de l'approche de Tomatis dans le traitement des troubles de lecture, 10 enfants ont été examinés sous quatre conditions différentes de rétroaction auditive pendant qu'ils lisaient. Il a été découvert qu'une lecture plus facile tendait à se manifester lorsque la rétroaction concernait principalement l'oreille droite ou lorsque les amplitudes de fréquences au-dessus de 1 000 Hz étaient augmentées relativement aux fréquences plus basses. L'amélioration dans la lecture lors de l'écoute par l'oreille droite s'est avérée plus importante chez les enfants qui ont démontré une meilleure aptitude à la mémorisation des chiffres présentés d'une façon dichotique à l'oreille gauche. La rétroaction de fréquences modifiées a permis de constater également un changement dans la qualité de la voix. Les résultats ont été discutés sur la base de la théorie Tomatis concernant la latéralité de l'oreille et la modification de fréquences.

I. Introduction

Au cours d'une pratique médicale de plus de vingt ans à Paris, le Dr Alfred Tomatis a mis au point un programme de traitement pouvant aider efficacement un grand nombre d'enfants souffrant de troubles de lecture. Le travail de recherche présenté ici a été entrepris dans le but d'évaluer les effets de deux éléments dominants de ce traitement : la latéralité de l'oreille et la modification de fréquences.

Latéralité de l'oreille

Depuis plusieurs années, Tomatis avait eu à traiter de nombreux chanteurs d'opéra qui éprouvaient des difficultés vocales. Alors qu'il examinait la voix de ces chanteurs, il a constaté que ceux-ci chantaient mieux lorsqu'ils contrôlaient leur voix en utilisant leur oreille droite plutôt que lorsqu'ils se contrôlaient par leur oreille gauche (Tomatis 1953). Ultérieurement, en examinant des enfants ayant des troubles de lecture, Tomatis a remarqué que ces enfants semblaient mieux lire lorsqu'on leur permettait d'utiliser leur oreille droite. Il a commencé alors d'appliquer des techniques pour développer chez ces enfants une plus grande utilisation de leur oreille droite. Comme McNeil et Hamre (1974) l'ont signalé, il existe désormais une littérature montrant que les stimuli verbaux ou linguistiques sont rapportés d'une façon plus adéquate lorsqu'ils sont présentés par l'oreille droite. En plus des études révisées par McNeil et Hamre (1974), il a été constaté que les enfants présentant les meilleures aptitudes de lecture avaient tendance, contrairement aux autres, à avoir de meilleures performances au niveau de l'oreille droite, tant sur le plan de l'écoute dichotique que dans les épreuves monaurales (Bakker et al. 1973, Bryden 1970, Zurif et Carson 1970).

De telles découvertes viennent soutenir les théories qui attribuent à l'oreille droite un rôle prédominant dans les processus de la lecture, telles que celles préconisées par Tomatis. Il est utile cependant de noter que ces études ne comportent pas une manipulation expérimentale directe de la variable de la latéralité de l'oreille. C'est pourquoi il a été décidé de réaliser un projet dans lequel la latéralité de l'oreille subirait des variations de sorte que l'on puisse mesurer les influences possibles sur le comportement de lecture.

Modification de fréquences

Un autre aspect du programme de traitement de Tomatis qui nous a semblé mériter un examen empirique minutieux est le fait qu'il a insisté sur l'importance des différentes fréquences de stimulation du son (Tomatis 1974). Les découvertes relatives aux recherches effectuées dans ce domaine ne sont pas aussi abondantes que celles réalisées au sujet de la latéralité de l'oreille. Cependant, ce qui a été ébauché correspond aux hypothèses de Tomatis. Par exemple, en étudiant l'éventualité d'une relation entre les possibilités d'écoute et de lecture de certains enfants, Henry (1949) a découvert que la perte en haute tonalité et la déficience de lecture tendaient à se manifester chez ces mêmes enfants. Jusqu'ici, comme pour la latéralité de l'oreille, il n'a été réalisé aucune recherche dans laquelle la variable de fréquences soit systématiquement mise en cause pour examiner la possibilité d'une influence causale sur le comportement de lecture. En conséquence, le deuxième objectif principal de la présente investigation a été de vérifier la technique de modification de fréquences de Tomatis.

II. Méthode

Population traitée

10 enfants (9 garçons et 1 fille) ont participé à cette étude. Ils avaient une moyenne d'âge de 8,1 ans et présentaient des troubles sérieux de lecture. Ces enfants ont été sélectionnés sur la base de leurs performances selon le Revised Wechsler Intelligence Scale for Children (WISC-R) et le Gates-McGinitie Reading Test (Form L of Level A or B) en fonction de l'âge de l'enfant. Il a été obtenu une moyenne de QI de 101,8 pour l'échelle verbale du WISC et de 112,6 pour l'échelle de performance. Combinant les scores de vocabulaire et de compréhension du Gates-McGinitie Reading Test, il a été obtenu un résultat se situant au niveau de 1,9.

Appareils

Le matériel utilisé pour mettre en évidence la latéralité de l'oreille et la modification de fréquences comprenait principalement un appareil appelé « Oreille Électronique à Effet Tomatis ». Cet appareil a été inventé par le Dr Tomatis dans le but de faire ressortir les modifications de fréquences contenues dans la voix d'une personne par utilisation d'un filtrage différentiel et d'une amplification avant que le son n'atteigne l'oreille.

L'émission d'un microphone est amplifiée et passée ensuite à travers l'un ou l'autre des deux systèmes de filtrage (F1 ou F2). Les deux canaux F1 et F2 peuvent être réglés de façon à modifier le spectre sonore de diverses manières. Au cours de cette étude, pendant la modification de fréquences, F2 a été réglé de telle sorte que les hautes fréquences soient amplifiées et les basses fréquences atténuées, contrairement au canal F1 qui était réglé de façon opposée. Il a été demandé aux enfants d'essayer d'allumer la lumière rouge — pour qu'ils contrôlent leur voix à travers le canal F2.

En plus des contrôles de fréquences, il existe dans l'Oreille Électronique un régulateur qui peut être utilisé pour fixer l'intensité de la rétroaction auditive de chaque oreille.

Procédé

Tous les enfants ont bénéficié de deux séances par jour du programme de traitement Tomatis, tous les jours réguliers de classe, pendant une période de quatre mois. Le jour suivant la dixième séance, des sondages de mesure ont été réalisés.

D'après la séquence relative du produit de l'ordinateur, l'enfant a été testé dans chacune des quatre conditions suivantes :

  1. 100 % de rétroaction auditive à l'oreille droite et seulement 10 % à l'oreille gauche, avec entière modification fréquentielle ;
  2. 100 % de rétroaction auditive à l'oreille droite et seulement 10 % à l'oreille gauche, mais sans aucune modification fréquentielle ;
  3. 100 % de rétroaction auditive pour les deux oreilles ensemble avec entière modification fréquentielle ;
  4. 100 % de rétroaction auditive pour les deux oreilles sans aucune modification fréquentielle.

Chaque épreuve durait 5 minutes, avec un arrêt de ½ minute entre chacune d'elles. Pendant la séance, l'enfant lisait une courte histoire de la série SRA Reading Laboratory. Chaque enfant commençait dans la série au niveau correspondant à la marque obtenue au test Gates-McGinitie. Si les enfants terminaient l'histoire, on leur demandait de répondre aux questions de compréhension posées à la fin de l'histoire.

Un assistant de recherche tenait compagnie aux enfants pendant qu'ils lisaient et les aidait si cela était nécessaire. Cette personne n'était pas au courant de la condition particulière selon laquelle l'enfant lisait. Les réglages de l'Oreille Électronique étaient effectués dans une pièce séparée, par un autre assistant du groupe de recherche. Ce dernier n'était pas en contact ni avec l'enfant ni avec l'autre assistant de recherche après le changement de réglage. (Protocole en double aveugle.)

Au début, au milieu et à la fin de la période de quatre mois, les enfants ont été évalués d'après leur mémorisation de chiffres présentés de façon dichotique (Kimura 1961).

III. Résultats

Après la période de traitement de quatre mois, les enfants ont été réévalués selon la Form 2 du Gates-McGinitie Reading Test. Il a été constaté que la moyenne des résultats combinés du vocabulaire et de la compréhension au niveau de la classe avait augmenté de 1,88 à 2,43.

Dans le but d'analyser les données principales, des bandes enregistrées d'une durée totale de 1 800 minutes de lecture (10 enfants × 9 sessions d'examen × 4 périodes par séance × 5 minutes) ont été écoutées et le nombre total des mots lus a été relevé pour chacune des 360 périodes d'examen. La principale variable dépendante de l'étude a été alors obtenue sous la forme du nombre moyen de mots lus par minute pendant chaque période d'examen de 5 minutes.

Les variables indépendantes se composaient des quatre conditions selon lesquelles les enfants lisaient :

  1. L'oreille droite plus la condition de modification de fréquences (R et F).
  2. L'oreille droite mais sans condition de modification de fréquences (R).
  3. La rétroaction de la modification de fréquences aux deux oreilles (F).
  4. L'égalité d'oreille sans contrôle de condition de modification de fréquences (C).

La première analyse a été faite à partir des moyennes des 10 enfants pour chaque condition, pendant les neuf sessions d'examen. Cette analyse de variance indiquait que l'effet principal pour les conditions des variables de lecture était significatif, F(3, 24) = 5,13, p < 0,01.

Les comparaisons entre les résultats, faites à partir du test de Scheffé, indiquaient une différence significative, F(3, 32) = 15,76, p < 0,01, entre les résultats obtenus lors de l'intervention de l'oreille droite et ceux réalisés dans les conditions de contrôle. L'examen des résultats pour les enfants pris individuellement indiquait que l'épreuve faite avec l'oreille droite donnait un score plus élevé que celui atteint lors des conditions de contrôle, dans le cas de 9 enfants sur 10. L'examen de chaque enfant pris individuellement indiquait également que les mêmes 9 enfants avaient obtenu un résultat plus élevé dans l'épreuve de modification de fréquences que dans celle de contrôle.

Au niveau des examens individuels, il était visible qu'un des enfants avait répondu très différemment des autres enfants. Non seulement il était le seul à avoir obtenu la meilleure performance au cours de l'épreuve de contrôle, mais son résultat global de lecture était de 88,6 mots par minute comparativement à la moyenne de 27,5 des autres enfants. Il a alors semblé nécessaire de faire une autre analyse sans y inclure cet enfant.

En effectuant une analyse de variance sur la moyenne des résultats des neuf autres enfants au cours des neuf sessions d'examen, il a été constaté que le test de Scheffé indiquait alors une différence significative entre les résultats obtenus lors de la modification de fréquences et ceux obtenus dans les conditions de contrôle, F(3, 32) = 9,95, p < 0,05, aussi bien qu'entre ceux obtenus lors de l'intervention de l'oreille droite et ceux obtenus dans les conditions de contrôle, F(3, 32) = 25,4, p < 0,01.

Effets sur la voix

Une étude a également été entreprise dans le but d'analyser les effets possibles des conditions expérimentales sur les voix des enfants. En réalisant une étude de fréquences des échantillons d'une minute de la première période de chaque session d'examen, il a été constaté que, lorsque les enfants lisaient lors des épreuves de modification de fréquences, ils tendaient, d'une façon constante, à abaisser leur niveau d'émission dans la zone comprise entre 3 000 et 6 000 Hz, ou dans les bandes de hautes fréquences.

Corrélation avec l'écoute dichotique

Enfin, dans le but de découvrir les caractéristiques des enfants qui pouvaient être liées ou non au fait qu'ils avaient obtenu un meilleur score par effet de l'oreille droite, un rang de Spearman — ordre de corrélation du coefficient — a été calculé entre le pourcentage de changements lors des conditions de contrôle de l'oreille droite et la différence moyenne entre les résultats de l'oreille droite et ceux de l'oreille gauche sur les trois tests de chiffres dichotiques. Il a été constaté que la corrélation était −0,83, p < 0,02, laissant entendre que ceux qui avaient obtenu les résultats les plus probants sur l'effet de l'oreille droite étaient ceux qui avaient obtenu la meilleure mémorisation des chiffres de l'oreille gauche.

IV. Discussion

Comme il a été mentionné précédemment, des études récentes d'une nature purement observationnelle ont mis en évidence une relation positive entre la dominance de l'oreille droite et l'habileté de lecture. Les découvertes expérimentales ci-dessus mentionnées indiquant que la lecture s'améliore lorsque les enfants passent d'une écoute réalisée avec les deux oreilles à une écoute prédominante de l'oreille droite dans une situation d'auto-écoute, renforcent la théorie de Tomatis par laquelle un rôle privilégié est donné à l'oreille droite dans le développement de la capacité de lecture.

Pour appuyer les recherches au cours desquelles il a été prouvé que l'oreille droite jouait un rôle prédominant dans une variété de tâches telles que la mémorisation de chiffres présentés de façon dichotique, Haydon et Spellacy en 1973 ont suggéré comme explication que les humains avaient une plus grande tendance à prêter attention à l'information linguistique présentée à l'oreille droite. Une telle interprétation permet de souligner le fait que les enfants qui ont mémorisé le plus de chiffres de l'oreille gauche sont ceux qui ont fait les plus grands progrès lorsqu'ils ont été forcés d'écouter avec l'oreille droite.

D'autres explications concernant les effets de l'oreille droite laissent penser que les connections du nerf entre l'oreille droite et l'hémisphère gauche sont plus efficaces (Berlin et al. 1973). Puisqu'il semble maintenant bien établi que l'hémisphère gauche dirige normalement le processus du langage (e.g. Geschwind 1972, Kimura 1973), une telle explication semble présenter une certaine valeur. Jusqu'ici, la vraie raison permettant de présumer d'une telle efficacité au niveau des connections du nerf n'a pas encore été spécifiée. Toutefois, Tomatis dans deux récents volumes décrivant les grandes lignes d'une théorie générale de l'écoute différente de l'approche traditionnelle, présente un modèle anatomique qui justifie un meilleur écoulement d'information de l'oreille droite à l'hémisphère gauche (Tomatis 1974a, 1974b).

Trois bandes du spectre de fréquences

En tenant compte de la découverte d'une augmentation de lecture lors d'une écoute sous une condition de modification de fréquences, Tomatis affirme que différents processus d'écoute sont impliqués à l'intérieur de trois bandes séparées du spectre de fréquences :

  • 125 – 1 000 Hz — bande basse, principalement de nature distractive ; il est recommandé de diminuer l'effet de ce genre de stimulations ;
  • 1 000 – 3 000 Hz — région médiane, de la plus grande importance dans la perception et la production de la parole humaine. L'amplification du son dans cette partie du spectre a un effet bénéfique quant à la performance concernant les tâches qui impliquent le langage ;
  • 3 000 – 20 000 Hz — partie supérieure : le son a pour principale fonction de produire une excitation corticale.

Le facteur analytique proposé par Henry (1949) et l'étude faite par les présents auteurs (Gillis et Sidlauskas 1976), sur deux échantillons différents, viennent étayer un tel point de vue.

Si l'on reprend l'étude des résultats de l'analyse de la voix, on peut constater que l'attitude vocale des enfants correspond parfaitement à cette conceptualisation tripartite du processus d'écoute. Toutefois, au cours de l'épreuve de modification de fréquences, on a pu remarquer une diminution de la voix sur le plan fréquentiel pour la bande allant de 3 000 à 6 000 Hz. D'autre part, l'intensité du son ayant été diminuée par le filtrage de la bande de basses fréquences et de ce fait l'amplitude relative de l'écoute des enfants de leur propre voix ayant été modifiée, il a été nécessaire d'amplifier l'intensité de la zone réservée au langage.

Références bibliographiques

  • Bakker, D. J., Smink, T., & Reitsma, P. — Ear dominance and reading ability. Cortex, 1973, 9, 301-312.
  • Berlin, C. I., Lowe-Bell, S. S., Cullen Jr., J. K., & Thompson, C. L. — Dichotic speech perception : An interpretation of right-ear advantage and temporal offset effects. J. Acoust. Soc. Amer., 1973, 53, 699-709.
  • Bryden, M. P. — Laterality effects in dichotic listening : Relations with handedness and reading ability in children. Neuropsychologia, 1970, 8, 443-450.
  • Geschwind, N. — Language and the brain. Sci. Amer., 1972, 226, 76-83.
  • Gillis, J. S., & Sidlauskas, A. — Factor analysis of children's audiograms. In preparation for J. Speech Hearing Res., 1976.
  • Haydon, S. P., & Spellacy, F. J. — Monaural reaction time asymmetries for speech and non-speech sounds. Cortex, 1973, 9, 288-294.
  • Henry, S. — Children's audiograms in relation to reading attainments : III. Discussion, summary, and conclusions. J. Genet. Psychol., 1947, 71, 46-63.
  • Kimura, D. — Cerebral dominance and the perception of verbal stimuli. Canad. J. Psychol., 1961, 15, 166-171.
  • Kimura, D. — The symmetry of the human brain. Sci. Amer., 1973, 228, 70-78.
  • McNeil, M. R., & Hamre, C. E. — A review of measures of lateralized cerebral hemispheric functions. J. Learning Disabil., 1974, 7, 375-383.
  • Tomatis, A. — L'oreille directrice. Bulletin du Centre d'Études et de Recherches médicales de la SFECMAS, 1953.
  • Tomatis, A. — L'oreille et le langage. Paris : Éditions du Seuil, 1963.
  • Tomatis, A. — Éducation et Dyslexie. Paris : Éditions ESF, 1972.
  • Tomatis, A. — Vers l'écoute humaine. Paris : Éditions ESF, 1974 (a).
  • Tomatis, A. — Vers l'écoute humaine. Paris : Éditions ESF, 1974 (b).
  • Zurif, E. B., & Carson, G. — Dyslexia in relation to cerebral dominance and temporal analysis. Neuropsychologia, 1970, 8, 351-361.

— Dr John S. Gillis (psychologue, Université d'Ottawa), sous la direction du Dr Agatha E. Sidlauskas (Directeur du Centre d'Étude de l'Enfant, Université d'Ottawa). Communication au IIe Congrès National de l'Association Française d'Audio-Psycho-Phonologie, Pau, mai 1976.

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Figures du document original

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Figure 1 — fac-similé p. 4
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Figure 3 — fac-similé p. 7
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Son et Symbolique du Dessin — Séminaire du Réseau TOMATIS, Île de Bendor, mars 1984

Exposé d'Alfred A. Tomatis prononcé au Séminaire du Réseau TOMATIS tenu les 2 et 3 mars 1984 sur l'Île de Bendor (Var, France), à l'invitation du Centre du Langage de Marseille. Le thème de la rencontre était la Symbolique à travers les dessins réalisés au cours du cheminement de la Méthode Tomatis et la Créativité dans sa réalisation picturale. Ce document de cinquante-six pages — dont seize planches de schémas — présente d'abord les aspects neurophysiologiques et symboliques du dessin (intégrateurs vestibulaire, visuel et cochléaire ; définition platonicienne de l'objet par forme/couleur/volume/nom ; dialectique objet-corps via le faisceau pyramidal), puis détaille les thèmes archétypaux des dessins recueillis aux cinq grandes étapes de la cure sous Oreille Électronique : Retour Sonique Musical (7 thèmes), Mémorisation intra-utérine (10 thèmes), Accouchement sonique (7 thèmes), Prélangage (5 thèmes), Langage (5 thèmes). Le texte conserve la spontanéité du discours oral tel qu'il a été enregistré par les utilisateurs de la Méthode présents au séminaire.

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Recherches sur la pathogénie du bégaiement — XIIIe Congrès SFP (1953/1954)

Communication d'Alfred Tomatis présentée au XIIIe Congrès de la Société Française de Phoniatrie, Paris, 25 octobre 1953, et publiée dans le Journal Français d'Oto-Rhino-Laryngologie (t. III, n° 4, 1954, p. 92-99). Tomatis y rapporte les résultats des examens audiométriques et phonatoires conduits sur des bègues à l'Hôpital Saint-Michel — à la suite d'une démonstration faite par le Dr Decroix-Tomatis et le Dr Trojman sur l'épreuve du delayed feed-back — et en propose une interprétation pathogénique : le bégaiement traduirait un trouble du transfert transcérébral du contrôle audio-phonatoire, lié à un défaut de l'oreille directrice droite chez le sujet droitier.

Recherches sur la pathogénie du bégaiement

par le Dr A. Tomatis

Communication présentée au XIIIe Congrès de la Société Française de Phoniatrie, Paris, 25 octobre 1953.
Extrait du Journal Français d'Oto-Rhino-Laryngologie, t. III, n° 4, 1954, p. 92-99.

I. — Introduction

Il y a quelques mois déjà, au lendemain d'une démonstration faite par le Dr Decroix-Tomatis, du Laboratoire de Recherches de la S.F.E.C.M.A.S., et le Dr Trojman, sur l'épreuve du « delayed feed-back », nous posait la question suivante : existe-t-il une anomalie auditive qui puisse expliquer le bégaiement ?

Pour étudier ce problème fort intéressant, avant toute expérimentation, nous avons pensé qu'une anomalie capable d'engendrer un retard auditif de la parole, de l'ordre de 0,10 à 0,20 seconde, pourrait exister. Cette anomalie pourrait se présenter, par exemple, sous forme d'une distorsion auditive provoquée, soit par une oreille qui retarderait avec un certain retard sur la deuxième, soit par une sorte d'astigmatisme auditif.

Nous avons commencé par pratiquer des examens audiométriques de tout sujet rencontré au bégaiement plus ou moins accentué. Les conclusions ont été simples. Tous les sujets examinés au début de ce travail appartenaient au Service de Rééducation de l'Hôpital Saint-Michel (Mlle Drouville).

Les sujets de l'Hôpital Saint-Michel étaient tous droitiers. Parmi les autres, quatre seulement étaient gauchers.

II. — Résultats audiométriques

Les résultats obtenus furent tous identiques :

  • Tous les droitiers ont une hypoacousie droite, sans exception.
  • Les quatre gauchers que nous avons eu la possibilité d'examiner ont une hypoacousie gauche.

Cette hypoacousie est une hypoacousie relative, de peu d'importance, non appréciable à l'examen simple et inconnue par les individus eux-mêmes qui n'en semblent pas gênés ; elle frappe plus volontiers la zone conversationnelle.

Nous rapportons ici, à titre d'exemples, quelques-uns des audiogrammes obtenus (figures I, II, III, IV).

[Fig. I à IV — audiogrammes caractéristiques montrant l'hypoacousie de l'oreille directrice (droite chez le droitier, gauche chez le gaucher).]

III. — De l'hypoacousie au traumatisme audio

Cette anomalie suffisait-elle à expliquer le retard auditif que nous recherchions ? Nous étions tentés de le croire.

En effet, lors de nombreuses expériences pratiquées sur les obtentions des chanteurs professionnels, nous avions remarqué qu'un traumatisme auditif sur la ligne mélodique borgnéen provoquait un traumatisme auditif, sur l'oreille droite pour les sujets droitiers, sur l'oreille gauche pour les gauchers.

Nous avions noté, en outre, qu'aucune modification n'était observée si le traumatisme était porté sur l'oreille opposée, c'est-à-dire chez les gauchers sur les droitiers, chez les droitiers sur les gauchers. Nous avions donc admis alors que l'oreille droite chez les droitiers, ou l'oreille gauche chez les gauchers, était un œil directeur, qu'il existait une oreille directrice : l'oreille droite chez les droitiers, l'oreille gauche chez les gauchers.

Lorsque nous avons présenté ces expériences au XIIe Congrès de Phoniatrie, nous n'étions pas en mesure d'en donner une explication valable ou de préciser le phénomène de l'éblouissement qui, chez certains chanteurs, pouvait devenir considérable.

Par la suite, nous avons repris notre expérimentation de l'éblouissement auditif afin d'étudier les troubles qu'il entraînait sur la voix parlée. Cet éblouissement est obtenu par l'émission, sur l'oreille directrice, d'un son de 2 000 cycles-secondes, à une intensité de 100 dB pendant une durée de 5 secondes en moyenne, suivant le précédant audio du sujet examiné, et qui entraîne sa résistance à la fatigue auditive.

Cette épreuve provoque sur l'oreille un traumatisme suffisant pour modifier la courbe audiométrique pendant un temps qui peut varier d'une minute à un quart d'heure, suivant les possibilités de récupération du sujet. Comme on peut le constater sur les courbes (fig. 5 et 6) que nous reproduisons ici, la modification quantitative à l'examen acoustique, quoique appréciable, n'est pas d'une importance telle qu'elle doive gêner le sujet dans son audition.

[Fig. V et VI — modification audiométrique post-éblouissement.]

IV. — Effet sur la voix parlée et chantée

Comme nous l'avions prévu, nous avons obtenu immédiatement un ralentissement de la parole, phénomène d'autant plus évident qu'il était obtenu de manière si frappante sur la voix chantée.

En outre, dès que le sujet s'efforçait de lutter contre le ralentissement, dont il était de même conscient, apparaissait un bégaiement caractérisé, identique à celui obtenu avec l'appareillage de « delayed feed-back ». Là également, comme l'avaient remarqué B. S. Lee, John Black, Azzo Azzi et Bernard-Joseph Tankerrey, tous les sujets examinés se présentaient pas des troubles identiques quant à leur intensité.

Autrement dit, tout se passe comme si l'hypoacousie observée sur l'oreille directrice, si légère soit-elle, suffisait à éliminer partiellement du circuit cochléo-phonatoire normal.

Pour plus de compréhension, nous reproduisons (fig. 7) schématiquement le circuit cochléo-phonatoire normal.

[Fig. VII — schéma du circuit cochléo-phonatoire normal : centre de l'audition → oreille directrice → centre phonatoire.]

On y remarque que le son, émis lors de la parole, parvient à l'oreille directrice, c'est-à-dire à l'oreille droite, le cas choisi étant celui d'un droitier. De là, il est dirigé vers la centre de l'audition, proche du centre de l'audition, dont la fonction transmet ce signal à un centre phonatoire qui semble être, en la circonstance, sous le contrôle permanent du centre de l'audition. Ce contrôle terminé, l'influx nerveux se dirige vers les organes phonatoires.

V. — Le « transfert transcérébral »

Dans le cas où l'oreille directrice n'est pas utilisée pour régler le contrôle phonatoire, ce contrôle tombe alors sous la dépendance de l'oreille opposée, c'est-à-dire de l'oreille gauche, l'exemple choisi, rappelons-le, étant celui d'un droitier (fig. 8). Le son parvient donc à l'oreille gauche, de là au cerveau droit, au niveau du centre auditif dont le contrôle terminé, doit parvenir au centre phonatoire gauche, c'est-à-dire au côté moteur. À partir de ce dernier centre, le processus demeure le même en direction des organes phonatoires.

[Fig. VIII — détour transcérébral : oreille gauche → centre auditif droit → centre phonatoire gauche.]

Ce temps de « transfert transcérébral » semblait devoir être un trouble organique suffisant pour expliquer le retard de l'audition sur la parole. Nous avons pensé à le mesurer et nous avons procédé de la manière suivante :

Tout d'abord, en faisant lire un texte préfabriqué dont consiste le nombre de syllabes qu'il composent sans noter aucune perturbation auditive, sa durée.

Ensuite, en neutralisant l'oreille directrice, on obtient immédiatement un ralentissement dont on peut calculer la valeur.

Connaissant cette dernière valeur, nous savons des temps à imprimer, à l'oreille directrice, un retard suffisant pour obtenir le même ralentissement dont le débit de la parole. Or, le retard est celui qui correspond au temps du transfert cérébral.

Cette mesure est facile et rapide à obtenir. Elle ne nécessite pratiquement aucun appareillage spécial. En effet, lorsque le « delayed feed back » de Bernard-S. Lee nous favons un long tuyau de jardin de 110 mètres (il nous était impossible de nous procurer l'appareillage de Bernard-S. Lee).

Des perforations latérales furent faites le long du tuyau, de manière à réaliser des temps de retard désirés entre le 1/200 et 1/3 de seconde. Nous avons obtenu les résultats suivants :

  • Lorsque le temps de latence reste inférieur au 1/10 de seconde, le sujet auquel on impose une inversion auriculaire devient un bradylalique « balbutillant ». Il va parler lentement, en cherchant ses mots, sur un rythme imprécis.
  • Lorsque le temps de latence est compris entre 1/10 et 1/20 de seconde, le sujet soumis à l'épreuve reproduit le « bégayé », ce phénomène apparaissant avec un maximum lorsque le retard imposé est de 1/15 de seconde.
  • Enfin, lorsque le retard dépasse le 1/20 de seconde, le sujet devient un bradylalique très accusé. Au-delà du bradylalique on bafouille. Les sujets de ce dernier groupe parlent avec un rythme ralenti mais homogène, sans hésitation. La durée d'audition prolongée de l'épreuve en imposant un retard de l'ordre de 1/20 de seconde provoque un bégaiement chez l'auditeur. 15e parole devient plus nuancée, le sujet donnant l'impression d'écouter parler comme dans l'écho d'une grande salle.

Ces résultats sont intéressants car ils mettent en relief, de façon frappante, le facteur personnel et individuel dans la genèse du bégaiement.

VI. — Étiologie et facteurs de fragilité

La mise en évidence de ce transfert transcérébral permet, dans une large mesure, d'expliquer l'étiologie du bégaiement. Nous pensons qu'il existe, sinon les seules, du moins dans les cas que nous avons rencontrés au cours de ce travail, une origine organique capable, à elle seule, d'expliquer le bégaiement. Mais peut-être n'est-ce pas la seule.

L'existence du trouble auriculaire dès le cours des travaux dont nous avons porté au début de ce travail, permet d'apporter des solutions plausibles à certains problèmes :

  • Influence de l'âge. — C'est avec un maximum de fréquence que le bégaiement apparaît entre trois et cinq ans. C'est l'époque où le langage prend une grande place dans la vie de l'enfant dont le circuit audition-phonation est encore très fragile. C'est l'âge également où l'enfant présente, le plus fréquemment, des affections de son oreille moyenne et faisant ainsi cet trouble auditif transitoire, mais important dans le circuit cochléo-phonatoire.
  • Personnellement, nous avons eu l'occasion d'examiner une fillette de quatre ans et demi qui présentait un bégaiement aigu à la suite d'une otite gauche grippale de l'oreille droite. Le trouble a disparu en même temps que l'otite. Ce trouble a disparu en même temps que l'otite.
  • Influence du sexe. — On a constaté que le bégaiement était beaucoup plus fréquent chez l'homme que chez la femme et, suivant les auteurs, il y aurait 5 à 9 hommes bègues pour une femme bègue. La résistance au bégaiement est beaucoup plus grande chez la femme que chez l'homme, ce qui expliquerait la disproportion dont nous venons de parler.

Nous avons étudié spectrographiquement quelques voix de femmes que nous avions bien fait entendre. Contrairement à la voix masculine, le spectre de la voix féminine est très riche en harmoniques élevés, dans une large bande dépassant les 2 000 c/s. Par ailleurs, en étudiant le spectre de la chanteuse, nous avons constaté que la présence d'une gerbe d'harmoniques siégeant à 2 000 c/s en dépassant ce point rend le contrôle auditif possible par conduction osseuse.

Expérimentalement, nous avons réalisé un circuit audition-phonation chez l'homme par les coupures de fréquences par filtres. Nous avons bloqué les harmoniques jusqu'à 1 500 c/s. On constate immédiatement, chez la femme, une voix beaucoup plus grave et, de plus, les épreuves du delayed feed-back donnent des résultats absolument identiques à ceux observés chez l'homme.

En suite, le fait que les femmes conservent leur possibilité d'auto-contrôle cochléo-phonatoire par conduction osseuse permet d'expliquer que les hypoacousies de transmission, engendrées par des affections de l'oreille moyenne, ne soient pas compensées. Par contre, les surdités, mêmes légères, du type perception engendreront, par l'élimination du contrôle osseux, des troubles de la phonation identiques à ceux du sexe masculin.

Les hypoacousies de transmission sont d'ailleurs beaucoup plus fréquentes que les hypoacousies de perception, ce qui, sans doute, est un des plus du fait de la plus grande résistance qu'offre le sexe féminin au bégaiement. Il reste à prouver, par des statistiques, que la proportion entre les deux types de surdité relative est de l'ordre de 3 à 9 contre un.

Le problème des gauchers. — Le problème du circuit inversé chez l'oreille droite-cerveau gauche-organes de phonation, trouve son explication longtemps dans cette même rééducation chez l'enfant. Cette perturbation s'explique facilement par la fragilité, à cet âge, du circuit cochléo-phonatoire. On peut admettre que cette rééducation demande une mécanisation due à l'apparition du temps de latence du transfert transcérébral, origine des troubles de la phonation.

Enfin, un dernier argument, sans doute le plus important, en faveur de l'origine auriculaire du bégaiement est la réduction immédiate des troubles qui caractérisent celui-ci dès que le circuit cochléo-phonatoire est rétabli. Cette dernière opération est obtenue en mettant l'oreille directrice légèrement hyperacousique, c'est-à-dire en augmentant le transfert transcérébral, origine de la suppression de la phonation identique à ceux du sexe masculin et ainsi toute trace de contrôle osseux.

L'application de cette épreuve est spectaculaire car, non seulement l'élocution est rétablie rapidement d'une manière normale mais, au surplus, en quelques instants, on voit disparaître tous les signes associés. Ce qui frappe le plus, c'est la détente physique qui ressent le malade.

Cette dernière épreuve est, à notre avis, d'une importance capitale car, outre l'appui théorique qu'elle nous apporte, elle est de même coup le meilleur appoint thérapeutique que l'on puisse proposer.

Il y a là, pour les pédagogues, un procédé qui, associé à ceux qu'ils utilisent, doit être d'une aide précieuse.

Discussion

Pr Ag. Greisen (de Strasbourg). — Je suis très intéressé par les audiogrammes du Dr Tomatis, mais j'aimerais savoir comment il explique l'hyper-acousie des aigus, qui ne pas due à l'habitude de rencontrer, d'autre part, comment se comportait la courbe de conduction osseuse chez ces malades.

Dr Decroix (de Lille). — Il serait intéressant de savoir si l'hypoacousie traduite par un abaissement du seuil tonal s'accompagne ou non d'un recrutement, si la valeur auditive à l'intensité d'une conversation normale ne paraît pas importante à constater que le sujet.

D'autre part, au cours des interventions cérébrales sur un lobe ou un hémisphère, on ne crée pas de bégaiement. Enfin, si l'hypothèse est séduisante, n'explique pas la suite des mécanismes du bégaiement.

Mme Borel-Maisonny (de Paris). — Chez les hypo-acoustiques (perte de 30-40 dB) qui sont rééduqués aux Enfants Assistés, il y a peu eu inégalité des courbes de l'oreille droite et de l'oreille gauche. Je n'ai jamais constaté de bégaiement chez ces sujets.

La statistique des pourcentages du bégaiement selon le sexe, donnée par le Dr Tomatis, semble en accord avec la disparité des chiffres, que les hommes sont atteints dans une plus forte proportion que les femmes. On dit, statistiques portent, suivant les écoles, des hypo-acoustes en moyennant une répartition égale selon le sexe.

Dans les psycho-acoustes, on se manifeste souvent une inégalité dans l'acuité auditive des deux oreilles, on ne voit pas apparaître de bégaiement. Un des sujets traités par le Dr Tomatis me semble présenter des troubles de la perception plus que de l'acuité auditive. Je ne peux pas oublier qu'il y a fréquemment en eux des difficultés importantes dans la perception et l'exécution du rythme.


Source : Tomatis A., « Recherches sur la pathogénie du bégaiement », communication présentée au XIIIe Congrès de la Société Française de Phoniatrie (Paris, 25 octobre 1953), publiée dans le Journal Français d'Oto-Rhino-Laryngologie, t. III, n° 4, 1954, p. 92-99. Travail effectué au Service O.R.L. de l'Hôpital Bichat (Dr Decroix-Tomatis) et au Laboratoire de Recherches de la S.F.E.C.M.A.S. — Service de Rééducation de l'Hôpital Saint-Michel (Mlle Drouville). Document numérisé provenant des archives personnelles d'Alfred Tomatis.

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La Musique et l'enfant — 1er Symposium Régional de la Musique, Pierrelatte (mai 1972)

Communication du professeur Alfred Tomatis au 1er Symposium Régional de la Musique tenu à Pierrelatte du 11 au 14 mai 1972, présentée par Madame Marie-Louise Aucher, fondatrice de la Psychophonie. À Pierrelatte, Tomatis expose, devant un parterre de musiciens et d'éducateurs, sa conception de la musique comme mode majeur de l'éducation corporelle et linguistique de l'enfant — depuis la communication intra-utérine avec la voix de la mère jusqu'à l'apprentissage scolaire de la lecture, de l'écriture et des langues étrangères. Une plaidoirie pour la réintégration intensive de la musique et du chant dans les jardins d'enfants, l'école maternelle et l'enseignement primaire.

La Musique et l'enfant

Communication du professeur A. TOMATIS au 1er Symposium Régional de la Musique
Pierrelatte, 11 au 14 mai 1972

Présentation de l'exposé du Pr Tomatis par Madame Marie-Louise Aucher.

Présentation par Madame Marie-Louise Aucher

Madame Aucher rappelle d'abord les travaux d'Alfred Tomatis depuis 1947 sur les rapports entre l'audition et l'émission vocale, sa thèse sur la Surdité Professionnelle (Lallema et Maduro, 1952), puis la formalisation par Raoul Husson, en 1957, sous le nom d'« effet Tomatis » des contre-réactions audio-phonatoires que Tomatis avait isolées.

Elle évoque la mise au point progressive de l'Oreille Électronique, appareil capable de modifier à volonté la manière d'entendre du sujet par filtrage, par bascule entre canaux, et par retour auditif sur l'émission vocale ; et la découverte que cette contre-réaction agit aussi bien sur la voix parlée et chantée que sur la posture, le contrôle moteur, l'apprentissage des langues étrangères.

Elle souligne enfin l'importance des sons filtrés et de la voix de la mère telle qu'entendue par le fœtus dans le liquide amniotique — pierre angulaire de la pédagogie audio-vocale développée par Tomatis — et introduit le projet d'un Congrès International dont l'idée a été lancée par M. Guibert, dont le thème est précisément Musique et l'Enfant.


Exposé du professeur Tomatis

I. — La musique, mode majeur de l'éducation corporelle

La musique constitue, à mon sens, le mode majeur de l'éducation corporelle. Elle intègre à la fois les rythmes et le temps, et tout ce qui ressortit à la verticalité, à l'espace, à l'organisation posturale de l'être humain. Sur ce double terrain — temporel et spatial — s'enracinent les premières structures de la motricité, de la sensibilité et finalement du langage.

II. — L'air ambiant vivant : sons de charge et sons de décharge

L'air qui nous entoure n'est pas seulement le véhicule mécanique des ondes sonores : c'est un milieu vivant, avec lequel notre corps tout entier est en relation permanente. Les sons que nous y captons se répartissent, selon leur effet sur l'organisme, en sons « de charge » qui rechargent l'être en énergie et en sons « de décharge » qui, au contraire, en consomment.

La musique pénètre l'enfant non seulement par l'oreille, au sens restreint où ce terme désigne le seul nerf auditif, mais par la peau tout entière. Le corps est un récepteur sonique global, et c'est tout le corps qui s'éduque par la musique.

III. — Les deux fonctions de l'oreille

L'oreille assure deux grandes fonctions, qu'il convient de bien distinguer. La première est la fonction d'équilibre, assurée par le vestibule et la fibre vestibulaire du nerf auditif. La seconde, moins souvent reconnue, est la fonction de recharge corticale : les stimuli sonores collectés par le nerf cochléaire alimentent en énergie le cortex cérébral et entretiennent l'éveil.

Mais l'oreille n'est pas un organe passif. Elle s'ouvre et se ferme selon les états d'âme du sujet ; elle écoute, et elle peut aussi refuser d'écouter. Et elle est bien davantage qu'un simple nerf auditif : elle constitue, avec ses extensions vestibulaires, cochléaires et cutanées, un véritable centre de traitement global de l'information sonore.

IV. — Les trois piliers de l'être humain

Trois piliers principaux soutiennent la structure humaine :

Le premier est le nerf pneumogastrique (Vague, Xe paire crânienne), qui innerve la membrane tympanique. Ce nerf est asymétrique, et de cette asymétrie procède en grande partie la latéralité.

Le second est le nerf auditif pris dans sa totalité, et en particulier sur le plan cochléo-vestibulaire. Par la fibre vestibulaire, il assure l'équilibre et, chez l'homme, la verticalité. Toutes les racines antérieures de la moelle bénéficient d'une intervention du nerf auditif, si bien que dans le domaine gestuel, pas une posture n'échappe à son contrôle. On comprend mieux ainsi l'apport du son sur le plan de la motricité et de la plasticité corporelle.

Le nerf cochléaire assure une grande part de la recharge corticale grâce aux stimuli qu'il collecte sur l'organe de Corti en sa partie la plus riche en cellules. Rappelons que la répartition des cellules de Corti sur la membrane basilaire n'est pas réalisée de façon homogène : rares dans la zone des sons graves, les cellules deviennent très nombreuses dans la zone des aigus. C'est pourquoi les sons graves entraînent le corps sans le recharger, tandis que les sons aigus le dynamisent tout en lui assurant de l'énergie.

Le troisième pilier de cette structure humaine est la peau, que l'organisation cochléo-vestibulaire tient sous sa férule. Elle est surtout sono-sensible sur la face antérieure du visage, du tronc, du ventre, sur la face interne des bras, des avant-bras, des mains, des jambes.

V. — Latéralité, circuit droit, circuit gauche

Les deux oreilles, et au-delà les deux hémisphères, n'ont plus désormais les mêmes fonctions, ni les mêmes attributions, traduisant ainsi des activités différentes sur les deux aires corticales, droite et gauche.

Il y aura un circuit droit, court, et un circuit gauche, long, grâce auxquels la répartition spatiale des sons devient possible — comme le représentent d'ailleurs les instruments de musique, les sons graves (aux grandes longueurs d'ondes) à gauche, et les sons aigus (aux longueurs d'ondes plus courtes) à droite. De même, nous retrouverons dans l'expression humaine une voix droite et une voix gauche. Celle qui utilisera le circuit droit sera modulée, timbrée, vivante, tandis que celle qui empruntera le chemin gauche sera sourde, blanche et sans vie.

VI. — Le choix des musiques

Le choix des musiques à proposer est à la fois simple et complexe. Les plus adaptées, les plus enrichissantes sont celles qui rechargent l'individu en énergie, comme le peuvent être les sons sacrés qui assurent en même temps la posture et la charge corticale maximum.

Mozart demeure, nous semble-t-il, le grand élu parmi les musiciens capables d'éveiller cette dynamisation. Il stimule nos jeunes codages neuroniques par des sons évoquant la richesse harmonique de l'audition de l'enfant, avant que n'intervienne la saturation par les traces de l'existence. Les œuvres de ce compositeur ont été choisies par nous parmi tant d'autres du fait des résultats exceptionnels obtenus au niveau de nos travaux sur les « sons filtrés ».

Au sein de nos techniques d'éducation audio-vocale sous Oreille Électronique, nous utilisons en permanence la musique filtrée à partir des œuvres de Mozart, Vivaldi, etc. En intervenant ainsi sur les systèmes sympathique et para-sympathique, nous obtenons une régulation des fonctions psycho-sensorielles et psycho-motrices. Un grand nombre d'enfants inadaptés ont pu être traités avec succès. Les troubles tempo-spatiaux, les troubles caractériels, l'instabilité, l'agressivité, l'angoisse disparaissent à l'effet de ce training sonore.

VII. — Reviviscence de la relation intra-utérine

Mais avant de réaliser cette éducation par la musique, nous procédons le plus souvent à la reviviscence de la première relation, celle d'avant la naissance, en faisant entendre à l'enfant la voix de sa mère comme il l'entendait quand il était fœtus. Cette écoute intra-utérine, née d'une communication de contenant à contenu, de chair à chair, de champ humain à champ humain, est sans doute le moteur premier et essentiel de l'évolution linguistique ultérieure. Il s'avère, à la lumière des résultats obtenus au cours de ces dernières années, qu'il n'y a pas de vrai langage si ce premier support n'est pas constitué.

L'utérus, univers essentiel de l'embryon puis du fœtus, est le réceptacle des bruits environnants qui vont refléter toute la vie organique, viscérale et émotive de la mère. Tout traduit soniquement la vie qui se transmet par les couches liquidiennes au fœtus en puissance d'humain. Outre les bruits insolites des troubles digestifs, les rythmes cadencés du tic-tac cardiaque, le flux et le reflux respiratoire, se manifestent les modulations de la voix de la mère. En retrouvant ainsi son enveloppe première, sa vie primordiale, l'enfant recommence, à partir de cette relation initiale, son cheminement qui doit le conduire vers son devenir humain, au travers d'un langage bien structuré.

Lorsque l'enfant a quitté sa vie utérine, lorsqu'il a revécu sa naissance grâce à un accouchement sonique modifiant l'impédance acoustique et faisant passer l'enfant d'une audition aquatique à une audition aérienne, nous commençons alors la préparation au langage en imprimant les neurones à l'aide de modulations musicales et de chants enfantins.

VIII. — « L'homme a chanté avant de parler »

Je ne sais qui a dit d'une façon si pertinente : « L'homme a chanté avant de parler ». L'enfant connaît admirablement cette démarche intermédiaire et ressent, au plus profond de lui-même, cette nécessité de chanter avant d'aborder le langage des grands. Libéré de sa vie utérine, né au monde de la communication, il accepte avec une joie ineffable les chants enfantins, les berceuses, les comptines.

C'est pourquoi il me paraît absolument indispensable de réintégrer dans la pédagogie, notamment au niveau du jardin d'enfants, de l'école maternelle et de l'enseignement primaire, un programme intense faisant intervenir la musique et le chant.

L'enfant devrait apprendre à lire, à écrire, à aborder une langue étrangère en chantant. C'est le meilleur moyen, me semble-t-il, de préparer les circuits neuroniques à recevoir le langage et, à travers lui, la connaissance.

IX. — Conclusion

Il reste certes beaucoup à faire dans ce domaine et la recherche demeure largement ouverte. Elle doit, à mon avis, s'inspirer des grandes lois de l'univers auquel nous appartenons. Faut-il rappeler que les Anciens, et en particulier les Égyptiens, étaient si adaptés, si sensibilisés — du moins les initiés — à l'harmonie de l'univers que tous leurs gestes et toutes leurs postures en étaient l'essentielle traduction ?

La musique et le corps humain doivent rester en perpétuelle harmonie afin que le corps de l'homme devienne un parfait instrument de la pensée à travers le langage.

Pierrelatte


Source : Tomatis A., « La Musique et l'enfant », communication au 1er Symposium Régional de la Musique, Pierrelatte, 11 au 14 mai 1972, présentation par Mme Marie-Louise Aucher. Tirage à part de 12 pages (pagination 266-277). Document numérisé provenant des archives personnelles d'Alfred Tomatis.

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