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À l'écoute de l'espace — L'espace de l'écoute

Le sujet dispose devant lui d'un espace où va pouvoir se déployer son monde intérieur, pour peu qu'on lui propose une feuille de papier et des crayons. Ces dessins ont bien sûr une signification projective, mais ils peuvent également servir d'adjuvant à la cure sonique. Outre le fait que le langage plastique puisse enrichir les données de la clinique, l'activité d'expression est un agent de communication, de catharsis et de psychosynthèse.

La psychosynthèse, ce n'est ni expliquer, ni disséquer, mais situer. Une fois dessinée, la réalité intérieure devient objet de contemplation et de méditation, et donc transformateur possible. En outre, comme dit Bachelard, les archétypes sont des symboles moteurs.

En fait, ce serait plutôt d'abord comme des minuscules petites graines, insipides, sèches, ternes, ridicules. Plantées dans le jardin intérieur, entretenues secrètement, elles poussent : votre jardin devient éblouissant de vie, de vibrations, de sons, de couleurs, de richesses, de parfums, de saveurs, d'extase. L'œuvre que le sujet travaille, le modèle en retour, pour peu qu'il s'y soit suffisamment investi.

Lorsque l'œuvre a trouvé son équilibre, suivant la voie des archétypes et la voix de la Tradition, le sujet est en harmonie avec l'univers. C'est tout le principe des mandalas et du grand-œuvre, maçon ou alchimique.

L'espace de l'inconscient est a-spatial comme il est a-temporel ; aussi les sujets, en début de traitement, n'en possèdent guère. Il sera au terme, lorsque l'espace intra-psychique s'oriente vers la lumière, lux, lug, le logos.

Le symbole comme re-présentation

Le symbole est une re-présentation. Il n'explique rien, ne prouve rien, ne conteste rien : il réconcilie. Il suggère mais n'expose pas. Au lieu de se fonder sur le principe du tiers exclu comme la logique conceptuelle, la symbolique présuppose au contraire un principe de tiers inclus, c'est-à-dire une complémentarité universelle. Symballein veut dire mettre ensemble, dans un sens plus spécial : tresser (qui renferme la racine : trois).

Les amis qui se quittaient brisaient une petite tablette, chacun prenant pour soi un des deux morceaux, le transmettant au besoin à leurs héritiers. Les morceaux s'appelaient « symboles » et signifiaient cette alliance pour la suite des temps. À l'occasion de retrouvailles, on réadaptait les morceaux, témoignant que l'union était restée intacte. Ceci montre que le caractère symbolique implique une idée de re-connaissance. Être re-connu, c'est naître à l'ordre symbolique. Les pythagoriciens appelaient « symbole » le mot de passe qui permettait aux initiés de se reconnaître. Dans les mystères, le mot de passe contenait une vérité portant une garantie de salut. On appelle symbole le résumé essentiel de la voie. Ainsi, le résumé de la catéchèse chrétienne s'appelle : le symbole des Apôtres.

Le symbole est donc vrai parce qu'il s'accorde avec l'original. Il est par essence union et harmonie. La connaissance symbolique est une saisie intuitive. Il y a un risque à vouloir interpréter les symboles : celui de la chasse aux papillons, que l'on épingle ensuite. Dans la transposition en concepts, il reste toujours un résidu incommunicable. Ce qui, par essence, est synthèse, résiste à l'analyse. Comme dit Héraclite : « Dieu ne cache pas, ne révèle pas, mais seulement indique » (encore que ré-véler, c'est au fond re-voiler). Et Aristote : « On ne démontre pas les principes, mais on perçoit directement la vérité. »

En logique tout revient à des principes nets, à des conclusions précises. Il s'agit donc d'un travail où les facultés sensibles n'ont qu'une fonction d'organe de réception. Par contre, les sens collaborent constamment avec l'esprit dans les connaissances symboliques. Elle ne se dévoile qu'aux sens éclairés par l'esprit et à un esprit qui s'appuie sur le sens. Elle échappe à l'esprit qui s'émancipe des sens et aux sens qui ne cherchent que le sensible. Le spiritualisme est l'ennemi du symbole au même titre que le matérialisme, en séparant la matière de l'esprit. Le symbole saisit l'esprit à travers les sens, sans l'y retenir captif. À l'heure actuelle, un vent d'iconoclasme vide certaines églises. Proverbe chinois : « Quand un doigt montre la lune, je regarde la lune et non pas le doigt. »

Le Verbe est Lumière et Vie

Dans les dessins pointe la dynamique thérapeutique des conflits intra-psychiques, dynamique qu'annonce le prologue même de l'Évangile de Saint Jean que l'on ne saurait trop méditer (et qu'il reprend dans sa première épître) :

Le Verbe est Lumière et Vie.

Le Verbe, c'est aussi le vibre, les vibrations, le son avant d'être la parole. « Tout vibre, en haut comme en bas », dit Hermès.

Le verbeφῶς (en grec) Phoebus= Lumière — Phos
(vibre)βίος= Vie — Bios (le Soleil)

Les traitements par les sons font apparaître la thématique solaire dans ces microcosmes que sont les dessins, et le processus de guérison est un phénomène de lumière, ce que la Tradition ne cesse de répéter depuis au moins 6 000 ans.

(Nous ferons un petit tour bibliographique dans ces forêts de symboles aux clins d'yeux familiers, comme dit Baudelaire, mais nous ne retiendrons que ce qui concerne la seule tradition occidentale, chrétienne essentiellement, puisque c'est la seule vivante avec l'ancien et le nouveau testament.)

Il y a une analogie structurale entre le monde physique, psychique et métaphysique, et les mots de lumière et de vie y ont les mêmes fonctions.

Du minéral au vivant

Les sujets dont l'organisation psychologique est sur le mode obsessionnel ont une représentation du monde minéralisée et dévitalisée. Par le bios, la vie, ils passeront de leur monde fantasmatique — dont la contemplation leur apporte une jouissance mentale dont le corps est exclu — à ce monde charnel et sensitif où l'amour les met en relation. Mais bien sûr, « étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie ! » (Matthieu VII, 14).

Il s'agit d'hystériser (hystérie = utérus) l'obsessionnel. Le Monde, ce sont les ondes. Comme dit une réclame à la télé : « les couleurs, c'est la vie ». C'est le vivant, les eaux, les végétaux. C'est l'espace contenant la totalité des virtualités, c'est aussi le monde de l'inconscient, de la mère, de la mer, de la mère cosmique, la matière, la mater, la terre et la lune, les cycles, le retour du même, la compulsion de répétition, la relation en miroir de Narcisse qui se noie, le discours de l'Autre, le masque, le personnage (la per-sonne : ce à travers quoi ça sonne). C'est aussi le grand mammifère des dessins d'enfants et des chapiteaux de cathédrale (baleine, éléphant, requin, etc.). C'est l'homme animal enfin, dont l'ontogenèse reprend la phylogenèse, né de l'eau et qui doit encore naître à la conscience — renaissance dans le ventre du poisson, autre Pinocchio qui retrouve son père dans le ventre du monstre. (Le poisson est, comme l'eau, symbole de vie.)

Empédocle (430 av. J.-C.) : « Je fus une plante, un poisson muet plongeant dans les flots, une petite fille, un jeune garçon. » Et Saint Grégoire le Grand, reprenant la tradition des Pères grecs : « L'homme a quelque chose de commun avec toute créature. Il partage l'existence avec les pierres, la vie avec les arbres, la sensation avec les animaux, la connaissance avec les anges. Et si l'homme possède ce caractère commun avec chaque créature, c'est que vraiment il est, d'une certaine manière, chacune d'elle. »

Du passage : l'arc-en-ciel et le papillon

Après le thème de mort-renaissance, du minéral au vivant, le processus de transformation suivant sera plutôt sous le signe du passage, du pont, du portail ou de la porte. Il prend souvent les couleurs de l'arc-en-ciel, symbole du pont entre la terre et le ciel, entre le matériel et le spirituel. Les couleurs du spectre peuvent apparaître toutes ensemble sous prétexte de quelque thème multicolore (plumes, drapeaux).

L'arc-en-ciel est le symbole de l'Isis celtique des druides, la virgo paritura, la vierge noire devant enfanter, archétype de la renaissance dont parle Jésus à Nicodème.

Le papillon est aussi fréquent à ce stade. En grec, le papillon, ça se dit psyché. À chaque étape, la croissance n'est pas un grossissement, mais une transformation. Le papillon n'est pas une grosse chenille. Peut-être le rêve de la chenille était-il de devenir la plus grosse de la forêt ? Il va falloir pourtant qu'elle se dépouille de son corps de chenille et qu'un corps nouveau lui soit donné. Ce passage se fait par la médiation de l'air, du volatil, des volatiles. Les oiseaux sont constants. Comme dit Luc (XIII, 18) : « Le royaume est au-dedans de vous. Il est semblable à une graine dans un jardin ; elle pousse, devient un arbre, et les oiseaux viennent. » En psychologie comme en chimie, c'est la sublimation, c'est le passage du solide au gazeux, sous le signe de l'étoile (compo-stelle : le champ de l'étoile) ; celle du champ alchimique, quand le soufre (souffre) philosophal, au moment de sa forme cristalline (christaline) étoilée, indique le chemin, celui du passage du plomb vers l'or, du vulgaire au sublimé, de la pulsion instinctuelle à la sublimation des instincts.

« Dans la littérature psychanalytique, on recourt fréquemment au concept de sublimation ; il est en effet l'index d'une exigence de la doctrine, dont on voit mal comment on pourrait se passer. L'absence d'une théorie cohérente de la sublimation reste une des lacunes de la pensée psychanalytique. Une pulsion est dite sublimée dans la mesure où elle est dérivée vers un nouveau but non sexuel et où elle vise des objets socialement valorisés. Freud a tenu pour essentielle la capacité de sublimer dans l'issue des traitements, sans d'ailleurs pour autant la montrer concrètement à l'œuvre. » (Vocabulaire de la psychanalyse, Laplanche et Pontalis.)

Ce passage, c'est celui de l'eau au feu. Saint Jean-Baptiste (Matthieu et Luc), qui a remplacé au solstice d'été l'archange du feu Uriel (feux de la Saint Jean), nous dit : « Je baptise dans l'eau… Celui qui baptise après moi baptise dans le feu. »

Pour Plutarque, « l'eau sanctifie » (c'est-à-dire, rend sain, avant de rendre sain-t) « et le feu purifie ». Ceux dont l'organisation psychologique est sur le versant hystérique interposent le corps comme source principale de jouissance entre eux-mêmes et leurs fantasmes, évitant ainsi toute conscience. À ceux-là, il faut apporter la lumière de la Connaissance, de la Sagesse : Phos.

Comme disent les Proverbes (VI, 23) : « Le commandement est une lampe, l'enseignement une lumière. » Ils sont alors en relation, non plus avec le monde (les ondes, les eaux), mais avec le cosmos (l'univers organisé, l'espace orienté).

De l'eau à la lumière

En grec, l'idée d'ordre et de beauté vient du feu (du phénicien phos — Phénicien, c'est phos-niké, la victoire de la lumière). C'est le passage de l'ancien testament :

(Ps 124) « Le torrent passait sur notre âme en eaux écumantes, les eaux nous submergeaient. »
(Ps 42) « La masse des flots a passé sur moi. »
(Ps 69) « Sauve-moi car les eaux me sont entrées jusqu'à l'âme… que le flux des eaux ne me submerge. »
(Ps 144) « Tire-moi des grandes eaux. »
(Ps 18) « Il me délivre des grandes eaux. »

… au nouveau :

Siméon : « Mes yeux ont vu ton salut, lumière pour éclairer. »
Luc : « Tendresse de notre Dieu qui nous amène la visite du Soleil Levant. »
Matthieu : « Le peuple qui était dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient l'obscurité, une lumière est levée. »
Jésus en Jean (XVII, 35) : « Je suis la lumière. »
en Luc (XII, 49) : « Je suis venu apporter le feu. »
et Marc : « Ayez du feu en vous-mêmes. »
Paul aux Hébreux : « Dieu est un feu dévorant, celui qui fait de ses serviteurs une flamme de feu. »

C'est ainsi que des eaux, par l'air, le dessin en arrive à la lumière, symbole de guérison et de salut, qui est soleil, feu, temple. C'est la symbolique du Père, ce 3e terme qui instaure la relation triangulaire, le père cosmique, Dieu (qui vient du sanscrit div : briller, qui a donné Zeus, deus, dios). Le ciel, c'est la maison du Père. C'est le temps, les rythmes (Ouranos-Chronos-Jupiter, jour-pater). C'est la racine aor, la lumière, ur le feu. C'est le chrisme. « Le sceau du dieu vivant, c'est le soleil », disent les Védas. Zoroastre : « Le ternaire partout brille dans l'univers. »

Rappelez-vous Noël — le Néo-Hélios, le nouveau soleil ; les langues de feu de Pentecôte ; la liturgie du feu de la veillée pascale.

Le soleil est donc agent de synthèse et lumière de la connaissance. C'est le mariage de l'esprit et de la matière, l'individualité, l'homme spirituel. Paul aux Corinthiens : « S'il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel. Ce n'est pas le spirituel qui paraît d'abord, c'est le psychique, puis le spirituel. » Et Saint Jude dans son épître : « Ces pères psychiques qui n'ont pas d'esprit. » Le rêve éveillé dirigé a permis de constater l'association de l'or, de l'ascension et de la sublimation, c'est-à-dire l'universalisation et la synthèse. Hermès termine la Table d'Émeraude en disant : « Ce que j'ai dit de l'opération du soleil est accompli. »

Les deux âges du dessin

On peut très nettement séparer les dessins en deux âges, avec une charnière à douze ans. C'est l'âge de l'initiation aux mystères, c'est-à-dire de l'entrée dans l'univers des archétypes. Avant, le discours de l'enfant est totalement dépendant du discours familial, et les archétypes ne seront présents que s'ils sont déjà opératifs dans la famille. Après, père et mère réels s'effacent devant le Père et la Mère cosmiques. L'enfance est à son terme, Jésus est retrouvé au temple : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? » Le sevrage est fini. Re-naissance d'un sujet de désir dans le champ de la Parole. Le père s'efface devant le Père : re-connaissance du désir, du désir de reconnaissance : « Vous avez reçu un esprit de fils qui nous fait nous écrier : Père ! L'esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes des enfants de Dieu, enfants et donc héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ. » (Paul aux Romains, 8, 15.)

Le cheminement des dessins au cours des thérapies suit la route ainsi figurée pour la spirale (spire = engendrer, semer) :

Pour ne pas trop simplifier en faisant croire qu'en haut apparaît l'être masculin ordonnant tout et que d'en bas vient l'être féminin qui engendre toutes choses, nous verrons sur le canevas récapitulatif que la succession :

éLéMeN-t → LiMoN → aLiMeN-t → sub-LiMen (sublimer) → LuMeN

… montre bien qu'au fond, la lumière a toujours déjà été .

(En sémantique sacrée, on ne tient compte que des consonnes. Les voyelles, elles, constituent la participation du divin, qui permet au mot d'être dit, et donc de vivre, puisque Dieu, c'est IÉOUA ou IAOUE, c'est-à-dire les cinq voyelles — I = J et U = V.)

En définitive, il ne s'agit donc pas de supprimer le corps pour libérer l'âme, comme si elle était dans une prison, mais de sublimer la matière, de l'illuminer en quelque sorte (comme le définit au fond le dogme de l'Assomption de la Vierge), pour que l'esprit ne soit pas sous la tutelle du corps ni l'âme emprisonnée dans les méandres de l'esprit, mais que le corps soit sous le contrôle de l'esprit et que celui-ci soit sous la garde de l'âme.

Étapes du développement psychique

On pourrait résumer ainsi les principales étapes du développement psychique :

Conscience latenteminéral (obsessionnel, où sont prévalentes les pulsions de mort qui tendent à la réduction des tensions, c'est-à-dire à ramener l'être vivant à l'anorganique)
Instinct de conservationvégétal
Sentiment naissantorganisation hystérique (hystérésis = ce qui persiste)
Sentiments, instincts
Subconscient
Conscience en sentiments et penséehomme psychique (normal)
homme spirituel (inspiré)
Conscience christiquedont les fruits sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bonté, la serviabilité, la confiance, la douceur, la tempérance (Paul aux Galates)

L'homme est lui-même la matière du grand œuvre dont le verbe divin est l'alchimiste et l'esprit saint le feu secret.

Deux figures de la mythologie

Pour finir, je prendrai deux traits exemplaires dans la mythologie (mythos-logos : la parole du verbe, et aussi : la parole muette ; légende : ce qui doit être lu).

Le combat musical de Pan et d'Apollon

Apollon : le dieu solaire, qui traverse les cieux sur un char éblouissant, et qui symbolise la suprême spiritualisation. Il joue de la lyre, aux charmes de laquelle, au dire de Plutarque, les pythagoriciens recouraient avant de se livrer au sommeil « afin d'apaiser et d'enchanter les éléments instinctifs et passionnés de leur âme ». L'art ancien a souvent célébré la lutte musicale qui opposa Pan, avec sa flûte à tuyaux réunis — dieu champêtre et sensuel que des pieds fourchus d'herbivore relient à terre — à Apollon, le dieu de la lumière, de l'harmonie, de l'éloquence et de la beauté, avec sa lyre. Tous deux jouèrent avec grand talent, mais de la lyre s'envolent des accords si beaux que la flûte, auprès d'eux, ne semble que balbutier. Pourtant, le roi Midas, arbitre de la lutte harmonieuse, étrangement aveuglé, se prononce pour Pan contre Apollon. Il lui en coûta une paire d'oreilles d'âne.

Le poète Orphée

(Phos d'aor : lumen de lumine du symbole de Nicée — aur-rophée : qui guérit par la lumière.) Ancien argonaute, conquérant de la Toison d'Or, divinisé en tant que fils d'Apollon lui-même, il parvint à la suprême puissance de l'art. Au dire des anciens, aux harmonies ineffables qui s'envolaient de sa lyre et de ses lèvres, « les oiseaux venaient » — suivez bien ici tout ce qui se dit, vous le retrouverez dans quantité de dessins — « les fauves les plus féroces, devenus attentifs et doux, se couchaient à ses pieds, les arbres dénudés se couvraient de verdure et les boutons s'épanouissaient, les vents et la grêle s'apaisaient et les navires enlisés dans les sables allaient eux-mêmes à la pleine eau ! ». Orphée disait : « Laissez-vous traverser par les sons. »

Les audio-psycho-phonologues, aussi, cherchent à être en quelque sorte disciples d'Orphée, puisque ceux-ci étaient appelés les eumolpides, c'est-à-dire ceux qui ont la voix accomplie.

— Dr Michel G. Mouret, psychiatre, Centre Hospitalier Spécialisé de Pau. Communication au IIIe Congrès National de l'Association Française d'Audio-Psycho-Phonologie (AFAPP), Amiens.

L'Oreille Électronique et le sport (Pierre Suire, Madrid 1974)

Le sport de haut niveau ne se résume pas à la condition athlétique et à la maîtrise technique : à technicité et forme physique égales, c'est l'image du corps — l'intégration consciente du schéma corporel — qui fait la différence en compétition. À partir d'une expérimentation menée à l'INSEP de Paris sur dix athlètes de haut niveau sous le contrôle du Professeur Tomatis, Pierre Suire — administrateur sportif et dirigeant fédéral — montre comment l'Oreille Électronique restaure la latéralité, recharge corticalement le sportif, désamorce le trac (par maîtrise du nerf vague) et renforce la mémoire corporelle des automatismes.

Image du corps et performance sportive

Pour exceller dans un sport, il est évident que des qualités athlétiques complètes sont nécessaires et qu'il y a lieu d'avoir une connaissance parfaite des techniques et des règles de la discipline sportive que l'on a choisie. Toutefois, ces conditions étant remplies à la suite des différents entraînements spécifiques auxquels l'athlète sera soumis ne seront pas suffisantes si en tout état de cause celui-ci n'a pas atteint un degré élevé de conscience corporelle, tous sports pratiqués nécessitant un engagement complet de l'être humain par la médiation du corps.

On peut même affirmer que toute démarche psychologique devrait être antérieure à toute approche technique. Le savoir apparaît comme le reflet du savoir des autres et il découle d'une découverte personnelle et d'une découverte de son ego. La technique peut être enseignée et comprise mais cela n'est pas suffisant et il faut arriver à intégrer progressivement celle-ci dans un schéma corporel afin de donner un sens moteur, une harmonie, un équilibre, une unité d'action.

Qu'est-ce que l'on entend par un schéma corporel ou image du corps chez un sportif ?

Avant toute chose, quand on parle d'image du corps, il ne s'agit pas de la perception extérieure que l'on peut avoir de son propre corps ni d'une image photographique. En fait l'on pourrait dire que l'image du corps, c'est l'image que l'on se fait de soi. C'est en fait l'intégration de l'esprit et des mécanismes du corps. L'homme fait de son corps un prolongement de sa pensée.

Il y a déjà 150 ans que le philosophe français Maine de Biran avait analysé ce problème en fondant sa psychologie sur le sentiment du « Moi » perçu dans l'effort volontaire, et son ontologie de la subjectivité métaphysique met l'accent sur la valeur de l'effort en accomplissement qui permet de saisir l'expérience interne de la transcendance.

Le corps ne doit pas être dirigé par l'esprit mais il doit y avoir une expression dynamique d'intentionnalité directe et instantanée, une harmonie concrète de la totalité de l'être. L'ego doit agir directement sans distance entre le mouvement et l'être, dans une intégration totale.

Par exemple le tireur à l'arc dans l'instant ultime où son œil rencontre la cible est déjà tout en projection sur elle : toutes les coordonnées spatio-temporelles ont disparu et l'être, la flèche et le but à atteindre sont concentrés et ne forment plus qu'un tout.

Il en est de même d'un footballeur dont l'image du corps doit intégrer le ballon. Le footballeur qui possède mal son schéma corporel aura automatiquement des difficultés pour se situer par rapport à la trajectoire du ballon. C'est que l'objet-ballon restera extérieur à la dynamique du schéma corporel qui devrait englober tous les éléments significatifs du projet. Le corps reste spectateur et déploie ses propres dimensions espace-temps hors de l'itinéraire de la balle.

L'éclairage du Professeur Tomatis

Dans son livre La Libération d'Œdipe, le Professeur Tomatis aborde cette question d'image du corps en matière sportive et dit notamment :

« Certains sports ou certaines techniques vont jusqu'à devenir un prolongement du corps, tels par exemple le tennis, la pelote basque, le billard. Le dialogue entre le corps et la balle ou entre le corps et la boule détermine une connaissance approfondie de la posture, dans une perspective d'approche destinée à mobiliser l'intelligence en vue de jouer avec un objet. Il s'agit de connaître à fond les propriétés cinétiques d'un corps et d'en exploiter toutes les possibilités, pour satisfaire au mieux les exigences d'une règle imposée. Les apprentissages font appel au génie humain pour l'établissement des règles d'une part et pour leur observance, d'autre part en fonction de l'image du corps face à l'objet. »

Dans une compétition sportive, à technicité et forme physique égales, c'est celui qui par rapport à l'autre possédera une meilleure image du corps — c'est-à-dire du champ conscient — qui remportera la victoire. Ayant acquis ce sommet, il sera passé maître de ses possibilités de concentration et d'auto-contrôle qui feront défaut à l'adversaire.

On voit ainsi toute l'importance que revêt l'image du corps en matière sportive, et l'acquis de cette notion est une des grandes préoccupations de tout entraîneur sportif pour arriver à faire obtenir à son joueur cette image, objet impalpable du psychisme.

L'expérimentation à l'INSEP

La découverte de l'audio-psycho-phonologie et l'approche de cette science m'ont fait immédiatement comprendre l'immense apport que celle-ci pouvait faire en matière sportive. Dirigeant une fédération sportive, je me suis trouvé d'autant plus sensibilisé à ce sujet que je connaissais les problèmes que nous avions dans le domaine de la psychologie sportive de nos athlètes et les difficultés que nous rencontrions pour essayer de les résoudre. J'ai su que l'on pouvait, grâce à ces nouvelles techniques, arriver d'une part à mesurer chez un sportif le degré de maîtrise de toutes ses coordinations et d'autre part à rétablir une homogénéisation déficiente à l'aide de l'Oreille Électronique.

Je dois en outre mentionner qu'aussitôt après avoir acquis cette conviction, j'ai voulu appliquer ces nouveaux moyens pour pouvoir mesurer les réactions et les améliorations. J'ai pu mener cette application avec dix athlètes de haute compétition à l'Institut National des Sports à Paris, sous le contrôle du Professeur Tomatis. Je signale tout de suite que les résultats ont été ceux que j'attendais et se sont révélés particulièrement spectaculaires chez certains. Ces résultats ayant été connus, l'application au sport des méthodes audio-psycho-phonologiques est actuellement étudiée avec attention par le Ministère des Sports français ; et récemment, à la demande du Délégué du Comité National de la Recherche Scientifique auprès du Sous-Secrétariat aux Sports, le Professeur Tomatis est venu à l'Institut National des Sports faire une conférence devant les Directeurs Nationaux des différentes disciplines sportives.

Comment va-t-on procéder pour amener un sportif à avoir une meilleure image corporelle ?

Avant toutes choses, nous allons faire subir à celui-ci une série d'épreuves qui consistent à connaître le degré de contrôle neuronique par l'intermédiaire des tests dits de « latéralité ».

La latéralité — une structure dynamique

Quand on parle de latéralité, cela implique la notion de droite ou de gauche, et il est courant de penser que la notion de latéralité s'arrête au fait que lorsque un sujet écrit ou pratique un sport de la main droite, il est droitier — et inversement il est gaucher. On pourrait également penser que le footballeur qui se sert de son pied droit pour shooter ne se sert pas de son pied gauche. C'est une profonde erreur car, dans ce cas précis, le pied gauche a autant d'importance sinon plus que le droit pour assurer l'appui ; et la précision du shoot ne peut être donnée que si tous les gestes droits et gauches sont parfaitement équilibrés et coordonnés.

Cette notion de droite ou gauche qui viendrait à l'esprit nous quitte si nous regardons évoluer un gymnaste aux barres parallèles ou à la barre fixe. Nous ne décelons plus ni droite ni gauche : tout est intégré et les grands gymnastes sont ceux chez qui tous les mouvements harmonieux se déroulent sans heurt et qui possèdent une image corporelle idéale. Il n'existe pas de droite ou de gauche, l'individu étant une globalité agissant à l'intérieur des phénomènes musculaires et sensoriels avec une quantité égale de potentialité droite et gauche.

Il faut savoir que sur 5 fibres neurologiques qui partent du cerveau, 3 sont croisées et 2 sont directes (et vice-versa), et que d'autre part, au niveau de la moelle épinière, les faisceaux directs sont plus importants et plus forts en intensité et en dimension que les faisceaux croisés. Cette diffusion semble être l'élément fondamental pour dire que « il y a une droite ou une gauche » est un mythe : la latéralité répond en fait à une structure entièrement dynamique.

Les deux cerveaux d'où partent les fibres neurologiques n'ont pas la même fonction. Le cerveau gauche étant le cerveau actif et le cerveau droit étant le contrôleur, il devient évident que si l'on permet au cerveau gauche de parvenir à une homogénéisation ou la véhicule, le sujet va devenir plus rapide dans ses mouvements, plus précis. En définitive, il va obtenir la maîtrise plus poussée de tout son corps, une parfaite image du corps.

La latéralité parfaite est celle poussée au maximum à droite. L'explication vient du seul fait physiologique que tous les circuits neurologiques qui vont au cerveau sont 200 fois plus courts à droite qu'à gauche. Il s'ensuit que la mise en harmonie de toutes les potentialités d'un sportif dont la motricité se trouve à droite sera effectuée beaucoup plus rapidement qu'un sportif dont la motricité se trouve à gauche.

En ce qui concerne ce dernier, nous allons également l'hyperlatéraliser, sachant que si sa motricité est à gauche, il n'est pas corticalement différent et que c'est le même cerveau gauche qui doit faire le travail de contrôle par le droit. Que la motricité soit droite ou gauche, c'est toujours le même cerveau gauche qui fera le travail actif. C'est en agissant sur ce dernier que nous allons pouvoir obtenir une homogénéisation parfaite.

Au départ, les tests de latéralité que nous allons effectuer sur un sujet vont nous indiquer l'état de ses coordinations à tous les niveaux de la motricité et de la sensorialité. En fonction de la réponse qui va nous être donnée par ces différents tests, nous allons pouvoir commencer à redresser les points défaillants. Pour arriver au but, nous allons avoir recours à l'oreille.

L'oreille, dynamo du cortex

Il faut savoir que l'oreille a plusieurs fonctions. Une des plus importantes est le fait qu'elle est l'organe essentiel qui recharge le cerveau en potentiel électrique. Elle agit comme une dynamo. L'oreille à elle seule peut donner plus de 80 % de la charge corticale et a sous son contrôle, au niveau de la moelle épinière, toutes les racines antérieures qui correspondent à l'émergence des nerfs qui vont à tous les muscles. Il n'y a donc pas un seul muscle du corps qui échappe au contrôle de l'oreille par l'intermédiaire du nerf auditif.

On voit tout de suite l'importance d'une pareille recharge en matière sportive quand l'on sait que grâce à l'Oreille Électronique on va pouvoir conditionner un sujet à recevoir des sons d'une richesse harmonique très élevée, ce qui amènera celui-ci à devenir de plus en plus dynamique — donc moins fatigable et plus résistant à l'effort.

Puisque nous agissons dans le domaine du sport, rappelons que le conditionnement va s'effectuer en fait par un phénomène musculaire puisque l'Oreille Électronique va influencer deux muscles : ceux du marteau et de l'étrier. Ce dernier est le plus petit muscle du corps, ayant une dimension de 6 mm.

Le nerf vague et le trac

Un point également très important est le fait que le tympan est innervé par un nerf qui tient sous sa coupe toute la vie affective et qui s'appelle le nerf pneumogastrique ou nerf vague. Sachant que c'est le nerf de l'angoisse et du trac, on peut mesurer l'importance qu'il peut avoir pour un sportif. C'est une réaction de ce nerf qui peut provoquer chez tout athlète en compétition une contre-performance. De multiples exemples pourraient être cités de sujets accomplissant une performance exceptionnelle hors compétition et qui, confrontés à des adversaires dans le cadre d'un championnat, ne peuvent renouveler cette performance par le seul fait que leur émotivité prend le dessus et qu'ils perdent ainsi tous leurs moyens.

Ce nerf innerve également le pharynx et donne l'angine ; il innerve le larynx moteur, celui qui peut nous laisser sans voix à la suite d'une trop grande émotion ; il innerve le larynx sensible qui donne la sensation de boule qui monte et qui descend, manifestant l'anxiété ; il innerve aussi le cou, les bronches, le cœur et les coronaires, organes vitaux pour un sportif. À ce niveau, je précise que les électrocardiogrammes effectués par le médecin de l'I.N.S. sur les 10 athlètes effectuant la cure sous Oreille Électronique ont permis de constater une meilleure récupération cardiaque après l'effort fait lors d'une compétition. Il innerve ensuite tous les viscères jusqu'à l'anus.

L'importance de ce nerf ne peut échapper à personne, surtout si l'on sait que si l'on arrive à le maîtriser au niveau du tympan, le sujet restera toujours tonique en compétition quel que soit l'enjeu, et l'émotivité n'aura plus sur lui qu'une prise sans conséquence.

Recharge corticale, communication d'équipe et mémoire

Par l'intermédiaire de l'oreille, les informations soniques que nous envoyons au cerveau au travers de l'Oreille Électronique vont ainsi permettre à tous sportifs d'obtenir une recharge du cerveau et par voie de conséquence d'obtenir l'élaboration d'une latéralité parfaite, d'où des possibilités psychiques plus grandes.

De plus, le fait d'avoir donné à un sportif plus de champ conscient va lui permettre d'avoir une meilleure communication avec autrui, ce qui va lui faciliter son intégration au sein d'une équipe. Tous les dirigeants et entraîneurs qui ont à s'occuper d'un sport de groupe connaissent les difficultés qu'ils rencontrent pour obtenir ce que l'on appelle « l'esprit d'équipe ». Les échecs qu'ils ont dans ce domaine viennent de ce que les phénomènes psycho-sociaux qui se déroulent à l'intérieur du groupe à tous les niveaux ne sont pas interprétés d'une manière identique par tous les participants. Pour y arriver, il faut que tous les joueurs d'une même équipe arrivent à passer de l'espace social individuel à l'espace social du groupe, qu'ils arrivent en fait à obtenir ce que l'on appelle communément la même longueur d'onde.

L'Oreille Électronique va permettre d'obtenir cette même longueur d'onde qui va se traduire par une même courbe d'écoute. Chacun ayant acquis une oreille plus ouverte comprendra mieux le dialogue de l'autre, et tous les problèmes de communications inter-individuelles seront facilités.

Enfin, parmi les apports que va nous donner l'Oreille Électronique, ceux ayant trait à la mémoire ne vont pas être des moindres. Par l'intermédiaire du nerf droit, nous allons pouvoir accéder à la partie presque isolée où se situe le réseau cérébral où se trouve le siège de la mémoire nominative et ainsi déclencher des phénomènes de mémorisation beaucoup plus accusés. Le sujet va donc obtenir une meilleure mémoire corporelle, qui est la mémoire cérébrale de tous les automatismes sportifs.

Conclusion

En conclusion, nous pouvons affirmer que l'expérience effectuée à l'INSEP nous a apporté la preuve que l'Oreille Électronique peut apporter au sportif une aide prépondérante permettant à celui-ci, débarrassé de tous blocages d'ordre psychique, de progresser beaucoup plus rapidement. L'athlète, ayant acquis la plénitude de ses moyens, atteindra ainsi un niveau correspondant à ses potentialités.

— Pierre Suire, Administrateur de l'Association d'Aide Pédagogique d'Amiens, membre du Comité Directeur de la Fédération Française de Tennis de Table. Conférence prononcée au IVe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie, Madrid, mai 1974.

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À propos d'un cas d'autisme — José, six ans (Le Monnier, Madrid 1974)

À propos d'un cas d'autisme — l'histoire de José, six ans, premier cas d'autisme grave reçu au Centro Del Lenguaje de Madrid en janvier 1973. Récit clinique d'une intervention audio-psycho-phonologique avec voix maternelle filtrée et accouchement sonore : amélioration spectaculaire après quelques semaines, puis régression dramatique liée à la décompensation du milieu familial. Au-delà du cas, un plaidoyer pour la prise en charge globale — l'enfant, la mère, le père et le contexte — sans laquelle la technique ne suffit pas.

Le Centro Del Lenguaje de Madrid

C'est dans le cadre d'une expérience toute jeune encore — qu'il m'aimerait vous présenter — qu'a lieu l'observation d'un cas clinique faite au Centro Del Lenguaje de Madrid. Auparavant, il me serait agréable de vous dire quelques mots sur ce Centre qui a ouvert ses portes en janvier 1973, c'est-à-dire il y a un peu plus d'un an.

Quelques statistiques vous donneront tout d'abord un aperçu de ce que nous faisons et des différents types de patients que nous recevons.

  • La dyslexie et les troubles scolaires viennent très nettement en tête puisque nous obtenons un chiffre de 38,3 % des cas. Nous avons mis à part volontairement les gauchéries qui entrent cependant pour une large part dans les difficultés scolaires — et nous en avons recueilli un pourcentage de 13,9 %.
  • Un certain nombre d'enfants qui atteint pour les troubles de la communication de type autisme, schizophrénie, retard de langage, où nous obtenons un chiffre de 13,9 %.
  • La surdité avec un chiffre de 9,5 % dans les retards globaux avec 8,5 %.
  • Nous avons classé en trouble psychique, certaines déficiences de genre dépressions nerveuses, troubles caractériels, etc., pour lesquelles nous avons recueilli un chiffre de 8,50 %.
  • Enfin le bégaiement dont nous ne psychologues vous a déjà parlé, fait partie de nos préoccupations pour 7,5 %.

Comme vous pouvez le constater, nous avons en éventail assez large de cas pour pouvoir dégager certaines généralités sur les résultats que nous obtenons grâce aux techniques d'éducation audio-vocale que nous utilisons dans notre Centre. Je tiens à vous préciser que nous appliquons la méthode du Professeur Tomatis à laquelle nous nous consacrons entièrement, à notre grande satisfaction d'ailleurs, comme le prouvent les résultats obtenus.

Le cas de José

Le cas que nous avons choisi est celui d'un enfant de six ans présentant de très importants troubles de la communication, que nous n'avons pas pu nettement identifier du fait de l'énorme variété des symptômes exposés. Il nous a été amené pour autisme. Nous dirons pour l'instant qu'il s'agit d'un enfant psychotique dont je vais essayer de vous raconter brièvement l'histoire, et que nous dénommons « le cas de José ».

Anamnèse

José est né le 1er octobre 1966 à Madrid. Il est le deuxième fils d'une famille de deux enfants. La mère désirait une fille. Elle avoue avoir été déçue lorsqu'on lui remit entre les bras un fragile petit garçon de 2 kg 500. Encore aujourd'hui elle ne cache pas ses regrets de n'avoir pas eu une fille à la place de José. Quant au père, le sénec de son enfant n'avait aucune importance. Il est très heureux d'apprendre que c'était un garçon, qui mais alors de chacun, lui ressemblait beaucoup.

La grossesse de la mère semble n'être passée sans incidents notables, autres que quelques nausées et vomissements pendant les premiers mois. José avait 15 jours avant terme : la rupture prématurée de la poche d'œuf et l'absence de douleurs pendant environ 24 heures décidèrent le médecin à provoquer l'accouchement. Il est noté dans le dossier de l'enfant qu'il y eut une hémorragie lors de la rupture du cordon ombilical. La mère ignore si l'enfant a crié à la naissance. Il ne lui a rien été signalé d'anormal à la clinique d'accouchement.

L'évolution pondérale de l'enfant paraît avoir été satisfaisante. José s'est assis à l'âge normal. Il a commencé à marcher vers douze mois. Il n'y a pas de retard de langage, selon la mère. Il a babillé, parlé et structuré ses phrases normalement. Par contre sur le plan caractériel, on note de grandes difficultés importantes dès la petite enfance — colères, cris, instabilité, agressivité surtout vis-à-vis des autres enfants dont il ne supporte pas la présence. Toutes ces difficultés vont en s'aggravant dès l'instant où commence la marche.

José s'isole, il reste seul dans un coin, il refuse toute communication. Il est significatif de faire remarquer qu'il a un jeu de prédilection qui est de tirer toujours les cordons de rideaux, une réminiscence sans doute de sa vie intra-utérine. Il n'est pas affectueux, ne paraît pas semble très indifférent à l'égard de son frère qui paraît l'ignorer, un frère aîné qui, lui, a honte de lui, qui lui refuse son affection, sa protection, se refusant à défendre son frère que, selon lui, tout le monde traite d'idiot, de retardé et d'anormal.

Premier bilan audio-psycho-phonologique

Le bilan audio-psycho-phonologique qui est pratiqué le jour de la première consultation révèle d'énormes troubles d'auto-contrôle et des problèmes relationnels très importants. La mère signale que son fils entend bien. En fait à l'examen, on note des difficultés d'écoute. José touche ses oreilles continuellement, il aime qu'on lui parle fort. Il ne sursaute pas lorsqu'on lui crie dans les oreilles. Il a besoin d'une certaine énergie sonore pour se mettre en communication avec le monde extérieur. L'étude des circuits d'auto-contrôle du langage permet de constater des déficiences très nombreuses. L'enfant ne s'entend pas, il ne s'écoute pas. Il ne contrôle pas ce qu'il dit, et bien que ses propos sont souvent incohérents.

L'analyse des sons est également défectueuse vis-à-vis des fréquences verbales qui lui parviennent. José ne comprend pas ce que lui dit. Il entend qu'on lui parle, ce qui agacera chez lui une réponse mais celle-ci n'a souvent aucun rapport avec la question posée. Une telle attitude impatiente la mère, l'angoisse aussi. Elle traite l'enfant lui-même qui n'arrive pas à communiquer avec son entourage. Il se rend compte qu'il n'est pas compris, ni familial, ni scolaire. Il se rend compte qu'il n'est pas compris, ni familial, ni scolaire, ce qui entraîne chez lui une agressivité accrue vis-à-vis de ses interlocuteurs.

On ne peut donc pas parler chez José de surdité mais d'importantes difficultés d'écoute et d'auto-écoute. Quant au langage, en dehors de la stéréotypie verbale, du psittacisme qui apparaît fréquemment, d'une étymologie marquée, on note des troubles de phonation : sa plus le protégrée. Toutes les attitudes traduisent vibration et de phonation : sa plus de protégrée du timbre et du rythme. Le débit verbal est parfois saccadé, rapide, hâtif. L'enfant parle fort. Sa voix est aggravée dans certains cas, stridente surtout lorsqu'il crie. Ses propos sont incohérents.

Après l'étude des circuits de contrôle de l'audition et de la phonation, nous avons abordé celle de la latéralité. José n'a aucun point de repère. Il est ambidextre. Il ne sait aussi bien (un piedt mal) de sa main droite que de sa main gauche. Ses mouvements sont souvent incoordonnés, brusques, mal commandés. Il ne peut se situer dans l'espace, ni dans le temps. Il semble perdu lorsqu'on lui pose des questions sur son demain, hier, plus tard.

Sur le plan affectif, on constate également un retard important, des troubles profonds. Il s'agit d'une fixation infantile avec énurésie et onychophagie. La mère nous signale que José se ronge les ongles des mains et des pieds. Dans le domaine sexuel, masturbation intensive marquant un fort attachement maternel.

Le comportement de l'enfant dénote une très grande instabilité, une agressivité vis-à-vis de l'environnement, un manque d'affection dans son entourage. José n'a aucun soin de lui-même. Il est sale. Son aspect est négligé. Il aime se rouler par terre. Sa mère ne lui a aucun respect ni pour lui-même, ni pour les autres. La mère nous signale qu'il aime jouer avec l'eau, non pas pour se nettoyer mais pour des raisons que nous pouvons aisément imaginer. Dans une piscine, dit-elle, c'est un vrai poisson dans l'eau. Il est heureux, on le sent à l'aise. Les profondeurs ne l'effrayent pas, il plonge avec crainte, en est libre et dans son élément. Dès qu'il voit une rivière, un bassin ou une fontaine, il cherche à y plonger, tout habillé s'il le faut. Comme tous les schyzophiles, José se plaît à retrouver les conditions aquatiques de sa vie intra-utérine. Il voudrait revenir dans le sein de sa mère dont il n'est à vrai dire, jamais sorti.

Échec scolaire et hospitalisation psychiatrique

Abordons maintenant le problème de la scolarité. À l'âge de José (qui a 6 ans) le sera obligatoirement. Il avait 4 ans lorsqu'il entre pour la première fois dans une école communale. Dès les premiers instants, ce fût pour lui une tragédie. Que s'est-il passé ? Quel traitement a-t-il reçu ? Les parents l'ignorent. Une seule chose est certaine. L'état de José s'aggrave. Un père le maître. Il ne peut plus s'exprimer parce que les parents disent dans dans les hôpitaux. Une visite de contrôle un mois plus tard fait diagnostiquer « aliéné mental ». Les parents sont désespérés, affolés, ils vont de spécialistes en spécialistes, qui parlent de troubles caractériels et finissent par diriger l'enfant vers un hôpital où José subit une psychothérapie. Mais son état ne s'améliore pas. Au contraire, son comportement semble s'aggraver. Quand on le conduit à l'aile en classe, il est relégué dans les derniers rangs, sans personne pour lui tendre la main.

L'année suivante, le change de maître. Un maître plus humain, qui semble comprendre les problèmes de José. Il encourage les parents, s'efforce de les rassurer, le persuade que José est comme tous les autres enfants, et qu'il faut gagner sa confiance. José ne sait ni lire, ni écrire. Il ne s'est jamais adapté au milieu scolaire. Il manifeste à l'école une attitude d'opposition aux travaux des maîtres. Les énormes difficultés d'ordre affectif qui menacent toujours son angoisse, ne le rendent pas du tout disponible à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. José a d'autres soucis que ceux de savoir ce qu'est un U ou un O. Il ne se sent pas exister. Il ne peut pas se situer dans son environnement. Il est perdu dans ce monde où il ne se reconnaît pas et il ne se sent rejeté. Que lui importe de savoir lire ou écrire ? Son problème n'est pas là, il se sent confusément, mais les adultes eux n'y voient rien. Leur seul but est de lui faire écrire des signes qui pour lui n'ont aucun sens. Quand ses parents arrivent-ils à comporter tout ça ?

Programmation du traitement

Le père paraît dépassé par les événements. La mère est très anxieuse, elle doute de la normalité de son enfant. Elle est désarmée devant ses colères, son instabilité. Elle se sent impuissante. Elle devient névrosée et croit que tout le monde la regarde, qu'on la signale du doigt. Elle se sent coupable. Elle signale que son enfance a été très difficile, mais ne donne aucune précision. Nous n'en saurons que plus tard, à l'occasion d'une visite de contrôle.

Voici donc résumé, le bilan de départ que nous avons pu élaborer au sujet de cet enfant. Quelle solution adopter devant un tel tableau clinique ? Notre intervention va consister à permettre à José de vivre tranquillement avec son environnement. La première relation à rétablir est bien entendu sa relation avec la mère. Il s'agit donc de reconstruire la maman mère-enfant, c'est-à-dire qu'il s'agit de traiter en même temps les deux éléments du couple premier dont l'harmonie constitue la base même du désir de communiquer avec l'autre, l'alter-ego, tremplin de la lancée vers l'état adulte. Nous proposons donc à la mère une démarche psycho-sensorielle sous Oreille Électronique pour l'enfant et pour elle-même. Elle accepte de se laisser traiter en même temps que son fils.

Voix maternelle filtrée et accouchement sonore

Nous commençons alors par des séances de sons filtrés pour faire effectuer à José un cheminement à partir de la période intra-utérine. La voix de la mère est enregistrée puis filtrée au-delà de 8 000 Hz afin de redonner à l'enfant les sensations de sa voix fœtale. Une cadence de 6 séances par semaine (3 fois 2 séances) est fixée en début de traitement. Pendant que son fils est en séance, la mère bénéficie de musique filtrée en position de relaxation.

Voyons maintenant comment va se dérouler la démarche entreprise. Pendant les six premières séances, José manifeste une opposition violente vis-à-vis de l'éducatrice qui s'occupe de lui. Il s'injurie, lui donne des coups de poing, lui crache au visage, lance ses chaussures aux supports, lui donne des coups de pieds, pousse des cris stridents, lui crache au visage. Il refuse de manger pendant une grande partie des séances. À partir de la 10ème, voyant que sa comédie n'est qu'à elle, et voyant que sa comédie ne lui rend pas d'écho, il éclate en sanglots et accepte de garder le casque tout au long de la séance.

Le comportement de José s'améliore à partir de ce moment. Il est moins agressif, il lance moins d'injures : son envie de donner des coups disparaît. Il s'intéresse à des jeux tout en écoutant la voix maternelle filtrée. Il fait des puzzles, il monte, il communique avec les autres enfants du Centre. Après 10 séances de VMF (voix maternelle filtrée), José a beaucoup changé. Il est devenu plus calme, presque gentil. Son langage s'est épuré bien qu'il soit resté incohérent.

Premiers progrès

Ses manies commencent à disparaître. Il ne se ronge plus les ongles ; il n'y a presque plus d'énurésie. Le sommeil est devenu paisible. L'enfant manifeste un plus grand besoin de dormir. Il a du mal à se lever le matin. Son appétit diminue. José mange moins qu'auparavant. Sa vie végétative s'équilibre enfin, dans une perspective d'amélioration.

On note dans l'ensemble une progression très satisfaisante, l'attitude de l'enfant a profondément changé. Nous ne sommes plus en face d'un petit monstre mais d'un petit garçon calme et raisonnable. Par contre, la mère reste anxieuse. Elle voudrait que tout aille vite, encore vite. Elle appréhende les vacances au village où ils séjourneront habituellement. José est l'attraction du pays. Les autres enfants l'incitent à faire des bêtises. Ils le poussent à se déshabiller et à courir nu dans les rues. C'est donc dans un état de profonde inquiétude que la mère envisage de partir en vacances avec son enfant.

Après un mois d'arrêt correspondant à ces vacances, José revient à Madrid. Il est totalement transformé. Les vacances ne sont bien passées, sans histoire. Il a été très calme. Il a maigri. Ses symptômes autistiques ont pratiquement disparu. Il revient joyeux au Centre, met son casque lui-même et fait ses séances dans la plus grande tranquillité. Sa relation avec les autres enfants s'est meilleure bien qu'apparaisse une certaine timidité. Il observe ce qui se passe autour de lui ; on a l'impression qu'il réfléchit. Il parle plus et ses conversations deviennent plus sensées.

Le retour en classe se fait également dans de bonnes conditions. José est toujours dans la même classe, le maître l'a demandé à le suivre cette année encore, il remarque une plus grande stabilité. José ne dérange plus la classe, il est plus tranquille, plus obéissant. Au début il avait peur de ses progrès, il est plus tranquille, plus obéissant. Au début il avait peur de ses progrès, il est plus tranquille, plus obéissant. Au début il avait peur de ses progrès, mais il a maintenant pris confiance. Pour la première fois José arrive à écrire en suivant les lignes. Il commence également à apprendre les tables de multiplications. Son attitude en classe a changé, José est plus présent, plus gentil avec ses camarades.

C'est alors que nous entreprenons de le faire entrer dans la phase linguistique. Après quelques séances d'accouchement sonique, nous lui faisons entendre des comptines, des chants grégoriens et quelques petits mots qu'il commence à répéter scrupuleusement. Il vient toujours au Centre avec plaisir. Par moment, on l'entend chantonner. Il devient joyeux, souriant, sociable. Il recherche les autres enfants, tout en conservant une certaine attitude de timidité. Il a encore peur d'aller vers les autres, de crainte sans doute d'être rejeté, sa réponse comme il l'a été parfois. Quoiqu'il en soit, José a progressé. Son aspect extérieur est plus recherché. L'enfant est plus propre, plus soigné. Avant de quitter le Centre, il range tout ce qu'il a mis en désordre et celle de la trouve plus tranquille et conquérant, presque sûr de lui. Le désir de communiquer est vraiment enclenché. José donne l'impression d'avoir envie de vivre, de parler, d'être comme tout le monde.

Évolution favorable de la mère

On note en même temps, une évolution favorable chez la mère. Elle est plus détendue, plus heureuse. Elle paraît moins traquée, au Centre elle est plus dégagée, reconnaissant que son fils va mieux. Elle parle plus volontiers, elle se trouve plus éveillée, plus équilibrée. L'attitude maternelle s'est donc complètement transformée. Son enfant est plus près d'elle, il est plus affectueux.

La régression — le drame familial

Nous poursuivons donc la programmation afin d'aller plus loin. Cependant à partir de la 90ème séance, une certaine inquiétude se manifeste chez José. Il s'agit, à nouveau, on le sent nerveux, préoccupé. Il recommence à crier pendant les séances. L'éducatrice a du mal à lui faire répéter les mots qu'il entend par l'Oreille Électronique. Il n'obéit plus, il est dispute avec les autres enfants ; il redevient agressif. Il se remet à jouer avec la lumière, il l'allume et l'éteint en permanence. Son langage se détériore rapidement. Les idées fixes, obsessionnelles reviennent à la surface. L'enfant répète sans cesse une phrase dont la signification nous échappe : « Don José y los del comedor aquí », c'est-à-dire « Monsieur José et ceux de la salle à manger ici ». Nous n'arrivons pas à élucider le mystère. La mère ne paraît pas en savoir davantage. Quels sont donc ces personnages de la salle à manger dont parle José et qui semblent le perturber, l'obséder ? Que veut-il exprimer en répétant cette phrase presque sans cesse ? José est l'événement qui a pu entraîner un tel bouleversement chez ce petit garçon qui commençait à s'épanouir, à s'ouvrir au monde extérieur ?

Mais nous trouvons incontestablement devant un phénomène de régression qui nous arrivons pas à expliquer. Nous démontrons à la mère à plusieurs reprises si elle a remarqué quelque chose d'anormal dans la vie quotidienne de son fils. Elle ne s'est rendu compte de rien. Elle constate cependant que l'enfant va moins bien et qu'elle-même recommence d'être inquiète, nerveuse et déprimée. Son angoisse réapparaît, José n'est plus le même, on dirait. Son aspect physique est redevenu négligé. Sa tenue est désordonnée. Ses problèmes sexuels réapparaissent. Il se masturbe à nouveau et énurésie réapparaît. Il passe son temps à siffler son père, comme le font certains enfants autistiques. Ses possibilités d'attention ont disparu. Il est inattentif, il ne participe plus à la vie de son environnement, il se rend malheureux, enfermé dans son univers de désespoir.

Nous sommes en pleine débâcle. Au cours d'une visite de contrôle, à la 125ème séance, nous nous trouvons en face d'une mère terriblement angoissée, nerveuse, désespérée. José revient à son état antérieur. Elle ne sait plus que faire, elle est affolée. Devant une telle attitude, nous essayons d'éclaircir le problème. Nous lui expliquons que ce revirement, cette régression, cette chute ne peuvent être dûs qu'à un événement important survenu dans la vie affective de son fils. Nous cherchons en vain. La mère ne nous semble avoir changé en rien, c'est l'absence de son mari depuis un mois environ.

Le père absent

Le père étant militaire, a reçu l'ordre de ses supérieurs de suivre des stages spéciaux qui l'obligeront à vivre en régime d'internat à la caserne de Madrid. Il ne peut en sortir que pour le week-end.

Pour ne pas rester seule à la maison, la mère de José a décidé de venir faire vivre des parents avec elle. Comme elle a commencé à travailler à l'extérieur, elle pense qu'ils pourront surveiller les enfants pendant son absence. Il est bon de noter que la mère de José a pris l'initiative de trouver une activité en dehors de chez elle afin d'aider à l'entretien du ménage. Se sentant moins angoissée, plus tonique, à la suite des séances de musique filtrée dont elle a bénéficié au cours des semaines précédentes, elle a pris conscience de ses responsabilités, elle a décidé de partager avec le père les charges du ménage. Il s'agit là d'une excellente démarche qui ne semble toutefois avoir reçu l'adhésion de l'entourage familial et en particulier celle de la grand-mère maternelle. Cette dernière accepte de venir s'occuper des enfants de sa fille mais elle n'arrête pas de leur dire que José est un enfant anormal, qu'elle perd son temps à vouloir le faire traiter, etc. La mère de José prend confiance. Au cours d'un long entretien que nous avons eu avec elle, nous fait comprendre que sa mère est très possessive et très autoritaire, et qui explique en partie pourquoi elle nous avait signalé au départ que son enfance avait été très difficile. Nous remarquons qu'elle n'ose pas se dire davantage, mais que de gros problèmes relationnels existent entre elle et sa mère. Cette mère semble garder la fille sous sa coupe. Le fait de la voir devenir adulte, de la voir prendre des décisions importantes, ne lui convient pas. Elle s'efforce donc de la détruire à nouveau pour pouvoir reprendre son emprise sur elle. La mère de José qui n'est pas encore assez forte pour pouvoir lutter à une telle démarche s'effondre et redevient une petite fille sous le joug de la « Mama ». Et c'est le drame pour José qui voit s'évanouir l'image de la vraie mère, de la bonne-mère qui commençait à s'élaborer devant lui. Tous les systèmes sont à nouveau détruits et l'enfant, en pleine détresse, n'ayant plus rien à quoi se raccrocher, retrouve son univers schyzoïde qui l'éloigne du monde extérieur.

Après ce récit qui nous apporte quelques éclaircissements, nous demandons à la mère, en lui expliquant doucement ce qu'il vient de se passer dans le vécu de l'enfant, d'éloigner ses parents du foyer et de reprendre sa place de mère. Elle paraît comprendre parfaitement ces arguments et promet de faire le nécessaire pour rétablir l'équilibre dans la maison. En même temps, nous reprenons des éclaircissements quant à la programmation à observer pour le traitement de José. Nous reprenons des séances de voix maternelle filtrée et en audition fœtale afin de calmer José, de lui apporter l'apaisement dont il a besoin après un tel orage.

Nous remarquons que l'enfant est triste, que sa tenue est négligée, que son langage est rempli d'injures, de grossièretés. Il se comporte un peu comme un enfant brutal, révolté. Il pousse des cris, il détruit, il frappe, il bave. Les séances sous Oreille Électronique sont à nouveau très agitées. José est très éveillé, son casque ne tient plus, il semble enchaîné, et, dans une étape de se libérer, il hurle son angoisse et sa détresse.

La mère est également très nerveuse. Elle se sent chaque jour plus anxieuse. Déjà qu'elle commence à crier sur son fils pendant les séances, elle s'affole, regarde les gens autour d'elle, essaye de donner des explications. Plutôt que de faire des séances filtrées, elle préfère rester dans la salle d'attente, inhibée, prostrée. Elle ne supporte plus dans la salle filtrée ni en position assise, ni en position allongée. Elle n'arrête pas de dire qu'elle est malade.

L'effondrement

Il est vrai qu'elle est malade, et c'est là le nœud du problème. La mère de José vient d'abdiquer devant une image maternelle captative dévastatrice. Elle vient de détruire ce qu'elle représentait pour José de sécurisant, d'harmonieux, de force, de réconfortant. Elle vient de lui retirer tous ses supports, tout l'échafaudage qui s'était construit pour lui permettre l'enfant accède enfin à un niveau d'existence lui permettant de devenir un petit garçon semblable à ceux de son âge.

Tout est à recommencer mais la mère de José en aura-t-elle le courage ? Non ! Devant cette défaite, elle plie le genou. Elle demande d'interrompre le traitement pour cause de santé. Elle n'a plus la force de lutter, elle préfère se réfugier dans sa maladie, dans la dépression. Elle est à bout de force, elle abandonne.

Nous essayons de l'aider et lui téléphonons quelques semaines plus tard pour lui demander de ses nouvelles et pour lui proposer un bilan de contrôle en présence du Professeur Tomatis. Elle accepte tout bien que mal, incapable de prendre une décision, et se présente à la consultation du 16 février. Nous nous trouvons alors en présence d'une femme en pleine détresse. Elle tremble pendant nous, elle parle, elle est désespérée. Le syndrome de grande dépression est manifeste. La personnalité est anéantie. La mère de José est prise de panique, elle ne va pas et ne peut plus s'en sortir. Elle se sent à mal, elle trébuche ; le sol se dérobe sous elle. Elle a l'impression que tout le monde l'observe. Cette poussée d'agoraphobie va grandissant et l'oblige à rester de plus en plus chez elle, où elle ne trouve plus aucune sécurité auprès de ceux qui sont auprès d'elle. Elle, elle mange beaucoup pour se désangoisser et bien qu'elle a grossi d'une façon très sensible. Nous apprenons par ailleurs que les parents vivent encore avec elle, ils n'ont pas encore voulu de les éloigner de son foyer. Elle préfère l'état de santé de son père qui paraît, paraît-il, très malade. Elle le considère comme un pauvre être désemparé (et qui se réfugie peut-être dans la maladie pour échapper à l'emprise de sa femme). Elle a perdu le goût de vivre, de faire des efforts. Elle est fatiguée, elle est fatiguée. Elle a perdu le sens de la lutte. Elle prend quelques tranquillisants pour essayer d'apaiser son taux d'angoisse mais signale que cela ne lui fait aucun effet.

Quant à José, absent lors de cet entretien, la mère nous signale qu'il s'est réfugié dans son état initial. Tous ses symptômes d'autan sont réapparus. À nouveau il est cruel, instable, il crie sans cesse, il est pratiquement plus s'exprimer, ses propos sont à nouveau incohérents. La mère est incapable de prendre une décision, elle se laisse aller, se contente d'avoir pitié d'elle-même. C'est une femme désespérée à laquelle le Docteur Mellado propose un traitement médical qu'elle accepte.

Un mois plus tard, la mère de José vient à nouveau nous rendre visite au Centre et dès qu'elle se trouve en notre présence, elle éclate en sanglots. Elle est émue de se sentir mais pas encore rétablie. Détendue et en confiance, elle nous fait le récit des choses qui se sont passées, et de sa relation maternelle. Elle est reprise dans une activité professionnelle qui l'occupe de 9 h à 14 h 30. Pendant ces heures, son esprit occupé par son travail s'évade, ses problèmes s'estompent et sont relégués au second plan.

En regagnant son domicile, c'est le retour à la réalité, elle se sent à nouveau incapable d'assumer son rôle de maîtresse de maison. Sa mère est là, tout est organisé, dans la maison. Tout est décidé à sa place, la mère qui ne l'a jamais aimée, est l'aînée de deux enfants. Le jeune sœur a un droit accès toujours à toutes les attentions de la mère, alors aimée, choyée, adulée. C'est la plus belle, la plus jeune. La mère de José est en beaucoup souffert, elle avait tant besoin d'affection. La guerre est arrivée et la situation ne s'est guère améliorée. Elle était considérée comme pouvait tout supporter, tout endurer tant sur le plan physique que sur le plan affectif. Les années ne se sont guère soulées tant bien que mal, mais plutôt mal que bien, elle espère que son rôle qu'elle allait épouser quelques années plus tard. Une vraie lutte s'engagea entre les deux belles-mères. Tous les moyens furent employés pour empêcher ce mariage : ce n'était un garçon indigne d'elle, sans qualité, qu'on aurait pu obtenir un mariage, une véritable mésalliance ! Pas un instant, les nombreuses qualités morales de ce garçon, n'étant mentionnées. Pour la première fois depuis sa vie, la mère de José put imposer sa volonté. Ce fut le mariage, et à présent, elle n'est plus capable, elle a abdiqué pendant longtemps, elle revoit un complexe d'infériorité vis-à-vis de cette mère autoritaire et entière. Quant au père, le seul commentaire fait à son sujet a été : « c'est un brave homme », ce qui n'est un compliment hélas peu flatteur.

Conclusion — la nécessité d'une prise en charge globale

Après ces éclaircissements sur cet ensemble familial, nous avons proposé à la mère de José de nous ménager une entrevue avec sa propre mère afin de lui faire comprendre les responsabilités morales. La fille a peur des réactions de sa mère, mais accepte fondamentalement notre proposition tout en doutant qu'elle prévenant que sa mère se comportera d'une manière négative pour ne pas dire insultante envers les membres de sa famille et les membres de notre Centre ; elle nous supplie de ne pas tenir compte des commentaires qui pourraient être faits.

Deux jours plus tard, nous avons la surprise d'avoir la visite du père de José. Nous nous trouvons en face d'un homme profondément touché, inquiet, et conscient des progrès que José avait réalisés, et étonné par sa régression. Il accepte terriblement l'interruption du traitement de son fils et n'a plus que le désir de voir son stage se terminer pour pouvoir lui-même ramener son enfant au Centre. Il est conscient de tous les problèmes familiaux. Il sait de belle-mère, il se contente avec un regard significatif que nous le comprenons par nous-même puisque celle-ci est décidée à venir au Centre la voir elle-même. Le père de José est un homme passif qui évite toute discussion. Les cris, la violence l'horripilent. C'est un homme tranquille qui accepte son destin. Lorsqu'il se trouve chez lui, il défie tout son temps à José ; ils sortent beaucoup et aiment se promener ensemble. José est très détendu en sa compagnie, il se conduit presque normalement. Partout où il va, son père l'accompagne. Cette position du père exaspère souvent la mère qui voudrait quelques fois sortir seule avec son fils.

Au cours de l'entretien qui eut lieu le soir même de la visite du père, nous pouvons mesurer combien le quoi point la situation était tragique et dramatique. Nous nous trouvons en face d'une agressivité débordante, d'un orgueil inexplicable plimitant à écouter parler, une femme sachant tout et n'ayant rien à apprendre de personne. Elle n'a que mépris pour son entourage. « Je sais une force de la nature », dit-elle avoir fierté. Sans elle, sa fille ne pourrait jamais survivre à une telle situation. Son gendre un pauvre incapable, un fou que l'espère ne croit en. La guérison de son fils. « Je n'ai jamais vu la moindre amélioration chez mon petit fils », je dirais même la sa contraire qu'il va de mal en pire, ce que vous appelez progrès ne ne sont pas les améliorations que nous espérons. Cet enfant, pendant mon absence, avait maigri. Je suis la seule à savoir le soigner. Sous mes yeux, c'est moi qui le nourris et c'est moi qui le veux pour deux femmes, alors c'est moi qui m'occupe de tout ».

Aucune conversation n'était possible. C'était un monologue pénible et douloureux qui ne conduisait à rien. Elle nous quitta en disant : Certifiez et signez que vous nous pouvez guérir José et je suis prête à tout, mais je suis si certaine qu'il n'y a rien à faire. José est un Autiste, comme elle aurait dit que José était Japonais ou Bantou.

L'abandon — et son enseignement

L'histoire se termine ainsi. Nous n'avons plus revu ni José ni ses parents. Nous imaginons l'évolution de la situation. Nous sommes désolés de ne pouvoir intervenir auprès de cette famille en détresse.

Les premiers résultats nous ont persuadés que nous aurions pu faire quelque chose dans la mesure où nous aurions été en état de traiter à fond la mère de José avec sa propre mère et dans la mesure où la grand-mère maternelle aurait accepté de lâcher les amarres qui retenaient sa fille prisonnière.

C'est ici que nous ouvrons la discussion et que nous demandons à chacun de nous donner un avis en fonction de sa propre expérience thérapeutique à l'égard des enfants présentant des troubles semblables à ceux de José. Il ne saurait être question d'éloigner de la sympathie de sa propre mère, le contexte familial qui est à la base même de la maladie de l'enfant. Ce n'est pas José qui est malade, c'est la mère qui reste sous l'emprise de sa propre mère, c'est la grand-mère qui malgré son absence apparente semble avoir démissionné, c'est la vraie maîtresse, une vraie épouse, c'est la grand-mère maternelle qui n'a pas su faire de sa fille une vraie mère adulte. Tout l'environnement familial est à mettre en cause dans l'étude de ce dossier que je viens soumettre pour de votre discussion jaillisse la lumière.

Que faut-il donc faire devant une telle situation ? Nous avons pensé qu'il serait bon en premier lieu d'éloigner l'enfant du milieu familial qui est la cause de sa misère et de le placer dans un internat appliquant les mêmes techniques. Pendant ce temps de rééquilibration psychique de José, nous pourrions prendre la mère en traitement au Centro Del Lenguaje de Madrid pour essayer de régler son propre problème intérieur. En prenant la voix de sa mère, nous pourrions lui faire faire le cheminement nécessaire depuis sa vie intra-utérine à amener à un véritable état d'adulte lui permettant d'assumer son rôle de mère et d'épouse. Pour l'instant elle y a renoncé. Elle préfère redevenir la petite fille de sa mère.

Au même titre que sur le plan moral on appelle l'épouse de son mari et la mère de ses enfants, il faudrait lui restaurer sa personnalité pour lui donner assez de force pour vivre, assez de tonus pour travailler et lutter. Il serait bon également de voir le père, d'avoir quelques entretiens avec lui pour lui faire prendre conscience de son rôle de père et d'époux. Peut-être pourrait-on aussi — mais cela est beaucoup plus douteux quant au résultat — inviter la grand-mère maternelle à venir faire des séances de musique filtrée et des accouchements soniques musicaux pour faire diminuer son ego et son état de possession. Quant au grand-père, nous préférons le laisser dans son fauteuil de vieillard malade car nous risquerions de lui faire plus de mal que de bien. Il s'est réfugié dans la maladie, laissons-le mourir en paix. Mais écrivons le tableau de la fin, il y a celui du commencement, éclat de ce petit Être qui a droit à la vie, ce petit José que nous devons essayer de sauver.

Je vous laisse maintenant à vos réflexions et je vous remercie par avance de toutes les suggestions que vous voudrez bien nous faire pour essayer de délier le nœud qui nous préoccupe tellement. Merci encore.

— Madame Le Monnier, Centro Del Lenguaje (Madrid). Conférence prononcée au IVe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie, Madrid, 1974.

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Considérations sur le test d'écoute — Anvers 1973 / Amiens 1974

Document fondamental du Dr A.A. Tomatis, tirage de quarante-huit pages édité par la Société d'Audio-Psycho-Phonologie (4 rue Cozette, 80000 Amiens) en juin 1974. Ce volume recueille les propos tenus par Tomatis lors du IIIe Congrès International d'Audio-Psycho-Phonologie (Anvers 1973), à la suite d'un long entretien questions/réponses avec ses élèves. L'ouvrage présente d'abord la passation du test d'écoute (recherche des seuils en conduction aérienne et osseuse, étude de la spatialisation, étude de la sélectivité, recherche de l'oreille dominante par audio-latéromètre), puis livre — en vingt-deux questions — l'interprétation clinique et symbolique du test : courbe physiologique idéale, tripartition viscéralité / langage / spiritualité, lecture maternelle (oreille gauche) et paternelle (oreille droite), correspondances somatiques (125 Hz = sexualité, 250 Hz = colon, 500 Hz = intestin grêle, 1 000 Hz = estomac…), diagnostic différentiel des surdités de transmission, de perception et mixtes, lecture des courbes du dépressif, et postures d'écoute des aigus. Référence permanente du praticien depuis cinquante ans.

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Où est passé mon corps ? Le hiatus idéologique-ontologique (Raynaud, Bordeaux 1981)

Où est passé mon corps ? Le hiatus idéologique-ontologique — à propos des théories sur le langage et sur l'apprentissage. À l'encontre d'une science occidentale qui a évacué le corps de la question du langage, l'auteur confronte le mentalisme de Chomsky, le matérialisme dialectique des soviétiques (Sechenov, Pavlov, Léontiev, Luria), l'anthropologie marxiste de Morin et Piattelli-Palmarini, et l'anthropologie du geste de Marcel Jousse, pour rejoindre la pratique audio-psycho-phonologique de Tomatis : la parole comme symbole sonore résonant, fondée dans la voix maternelle et la fonction symbolique, irréductible à toute explication purement génétique ou strictement matérialiste.

Le congé donné au corps par la linguistique

Monsieur Vendryès était professeur de linguistique, et c'est lui — m'a-t-on dit — qui a dit un jour : « Une fois pour toutes, on ne parlera plus de problèmes de l'origine du langage. »

Il semble qu'actuellement, dans notre culture occidentale — je souligne le mot —, ce principe soit strictement respecté. Nous pouvons démontrer que cela est à l'origine du maintien d'une ambiguïté grave, ambiguïté dérivée de l'existence de la science linguistique elle-même.

Cette ambiguïté est grave par le fait que les sciences humaines, du moins dans notre système occidental, ne s'intéressent plus effectivement à l'origine du langage, admettant que le problème est résolu, que c'est la science qui le résoudra. L'ambiguïté réside, selon nous, dans le fait qu'il s'agit seulement là d'une simple hypothèse, admise implicitement comme vérité première, sans que son caractère hypothétique ne soit jamais remis en question : c'est-à-dire que non seulement on ne s'interroge plus sur les origines, mais que l'on admet que le problème est résolu.

Or la façon dont on répond à la question de l'origine du langage parlé — soit langage inné, autogénéré par l'animal-homme, produit d'une évolution heureuse, donc langage objet du monde comme l'homme lui-même ; soit langage acquis, reçu, du moins porteur de valeurs transcendantales au monde matériel, faisant de l'homme animal un être exceptionnel —, n'est pas neutre du tout, et marque profondément le destin des gens. Donc cette question doit être prise en considération dans les sciences humaines.

C'est dire qu'il faut refuser l'ambiguïté suggérée par une science qui commence, quand même, à s'interroger sur sa finalité ultime comme sur ses origines, à interroger aussi sur la nécessité d'une éthique scientifique dans la dangereuse marche vers le progrès. Ce sera notre attitude.

Le détour par les autres « langages » : une dérobade

Mais Monsieur le Professeur Vendryès se sauvait son cas, si l'on peut dire, et il a écrit : « Il y a plusieurs espèces de langage. Il y a le langage olfactif et le langage tactile, le langage visuel et le langage auditif. Le langage visuel est probablement aussi ancien que le langage auditif. »

C'est un peu comme si cette affirmation avait fait son chemin… Depuis, le psycho-sociologue Mac Luhan a bien montré que la dialectique langage oral – langage écrit partageait le monde.

Mais devons-nous résoudre si facilement à une telle partition ? De plus, écrira-t-on en termes décrivant clairement ce que le Professeur Vendryès a fait dans la ligne de son premier principe, restant prisonnier de cette dialectique de l'œil, de la langue écrite, et strictement liée au monde occidental, rationalisant et analysant — qu'on en oublie que l'homme est d'abord et avant tout être parlant ?

Être prisonnier de la langue écrite, c'est tout simplement être prisonnier de la linguistique elle aussi, nous espérons montrer que ce qu'on peut dire du langage et de la parole ne se limite pas aux apports d'une linguistique elle-même partagée.

Mais différemment, comme le fait le professeur Vendryès, autant de langages, c'est quand même renvoyer au corps. Et c'est bien à travers son corps que l'homme peut connaître le monde et l'autre… Question centrale donc pour ce qui concerne le langage qui pose également le problème de l'origine.

Les théories en présence — chercher le corps

La bio-anthropologie, dont les développements sont récents — à l'initiative de E. Morin et M. Piattelli-Palmarini —, résume les thèses les plus avancées des plus compétents dans les sciences biologiques et humaines. Or, sinon en biologie, pouvons-nous espérer trouver le corps et la façon dont le langage est généré ?

Les maîtres-mots des réponses ici données dans un travail qui se donne pour but l'unité de l'homme sont faciles à dégager. Tout tourne autour du problème des universaux et de la recherche des systèmes auto-organisateurs. Le modèle est celui de la génétique. Le problème des origines est réglé par l'adoption de la perspective darwinienne et de l'intervention du hasard, hasard d'abord génétique qui a amené l'homme à sa forme parlante.

Tout peut se résumer autour d'une conception qu'on peut décrire comme mentaliste : « Le problème de la connaissance et de la pensée est d'essence syntaxique. » Il suffit donc d'attention par les sciences, sciences biologiques et sciences humaines, des systèmes de fonctionnement du psychisme humain qui ont universaux, à la base des principes de fonctionnement du psychisme humain qui ont universaux, à la base des principes de fonctionnement du psychisme humain — les fameux « systèmes auto-organisateurs » dans lesquels se trouverait la solution ultime des démarches existentielles et connaissantes de l'homme.

L'option Chomsky : le langage comme structure innée universelle

L'essentiel est ici dans un modèle inspiré de la génétique qui suggère que le microcosme des structures moléculaires microscopiques dicte ses lois au macrocosme — c'est-à-dire au corps et à ses déterminismes essentiels.

Au plan du langage, c'est l'adoption de la perspective Chomsky sans aucune ambiguïté, c'est-à-dire que les universaux sont syntaxiques, communs à toutes les langues, inscrits génétiquement dans le code d'une structure profonde universelle. À partir de là, les structures superficielles, c'est-à-dire les différences langues à langues, ne s'expliqueraient que par les différences entre les environnements culturels divers.

Le langage parlé est ici contingent par rapport à une syntaxe inscrite génétiquement, base du langage et de la pensée.

Les théories psychanalytiques essentiellement freudiennes sont intégrées dans ce modèle d'auto-organisation de l'homme, par le biais d'une universalité de l'Œdipe, d'une auto-organisation du désir, à la base du fonctionnement de la machine humaine à travers la parole, la mode d'eutogénération du désir, essentielle moteur de l'homme, représente, semble-t-il, une thèse qui a fait s'enfuir et implicite la psychanalyse, idée dont la portée nous semble considérable.

Bref, nous sommes en présence d'un nouveau mythe prométhéen, rationaliste et scientifiquement construit par biologistes, sociologues et psychologues, convaincus de l'universalité du langage et très influencés par le darwinisme, le marxisme, le freudisme, le rationalisme méthodique.

La perspective opposée : la linguistique soviétique

Notre engagement d'audio-psycho-phonologue, s'il fallait choisir, devrait-il nous faire pencher vers la perspective matérialiste marxiste développée par les soviétiques ?

En effet, l'importance et la primauté du langage parlé sont sans cesse affirmées, alors qu'en Occident la parole est mise au second plan.

De plus, le geste, à la base de la pensée-langage, réintroduit de toute évidence le corps en fonction. Si la référence à Piaget est fréquente chez Léontiev, contre les distinctions graves saxo dans la transmission par le sens du sens. Selon lui, elles sont essentielles mais universelles-répandues sur le globe, est universel dont les bio-anthropologues occidentaux ne parlent pas du tout — on oublie, chez nous, en France.

Enfin, pour ma part et très profondément, le génie russe dépasse très largement l'idéologie marxiste-léniniste… et je pense pouvoir le démontrer.

La théorie soviétique du reflet — Sechenov, Pavlov, Léontiev

Sechenov : la sensation comme acte réflexe

Léontiev cite longuement Sechenov à propos de sa théorie du reflet psychique. Elle nous paraît d'une indéfini incontestable et représente un soubassement nécessaire comme un encouragement à notre recherche déjà engagée.

L'idée centrale de Sechenov est, en effet, que la sensation est un phénomène psychique en réaction avec la réalité matérielle. Le schéma de l'acte réflexe est ici conservé et la sensation doit être considérée comme un phénomène qui ne peut surgir que dans la composition d'un acte réflexe, avec ses conséquences motrices, notamment.

Sechenov distingue des récepteurs proxiques (c'est-à-dire des moteurs organisés, de contact et des récepteurs à distance comme les récepteurs visuels et auditifs).

Il nous dit qu'un œil immobile est aussi aveugle qu'une main astéréognosique. Sechenov affirme : sans la participation du mouvement, nos sensations et nos perceptions n'auraient pas la qualité d'objectivité, c'est-à-dire de rapport aux objets du monde extérieur, qui seule en fait des phénomènes psychiques.

Il souligne que « toutes nos idées sur le monde environnant si complexes et si riches scientifiquement, se fondent en dernier rapport sur les éléments qui nous sont fournis par nos muscles ».

Pavlov : structuration corticale par signalisation

Cette thèse aboutit au concept d'analyseur au niveau cérébral de Pavlov : le cerveau se structurerait à travers cette conception d'une fonction des analyseurs, formant ainsi de véritables systèmes fonctionnels capables à traiter les divers agents agissants, à les discriminer et à synthétiser les éléments sous la forme d'une signification de signalisation.

Luria : centralité du langage parlé dans le cortex

Luria, de son côté, a bien montré comment au niveau cérébral cette conception, centrale d'ailleurs sur le langage parlé, permet d'élucider un certain nombre de mécanismes cognitifs partiels impliqués dans la lecture, l'écriture, la parole, mécanismes encore peu significatifs et difficilement réductibles.

Mais dans cette conception, « le travail du cerveau, cet organe du psychisme est encore strictement déterminé par les rapports objectifs des propriétés existantes du monde extérieur, et reflétant de façon adéquate ces rapports ».

Le risque d'une dérive matérialiste

Ici, il faut être clair : nous ne pouvons accepter que l'affirmation aussi absolue, application pure et simple de l'idéologie marxiste matérialiste. Échappe ici la question centrale du langage, celle de la capacité symbolique de l'homme, spécifique, unique et inexpliquée, à ce jour, et qui — selon nous — échappe par son essence aux déterminismes matérialistes, c'est-à-dire à un déterminisme exclusif par le milieu.

Nous demeurons, bien sûr, dans cette option sur le sujet.

Convergences avec Tomatis : Léontiev sur l'oreille

On peut illustrer la conception de Sechenov à travers l'exemple suivant. En tâtant l'objet et en suivant ses contours, la main reproduit ses dimensions et sa forme et par l'intermédiaire des signaux partant de son appareil moteur fermes son moulage dans le cerveau. Enfin du développement, la rétine de l'œil découpé met à proprement parler la rétine d'un œil initialement instruit par la main.

Cette conception, incontestablement, permet de réintroduire le corps dans toute sa matérialité fonctionnelle dans son rapport au réel.

Mais on ne peut pas tester, dans cette conception, à une dynamique du mouvement — toucher — œil et le problème de l'oreille n'est pas pleinement abordé en ce qui nous touche pour l'intérêt privilégié de cette conception, qui se distingue de l'Occident logé dans une dynamique de l'oculotrope visuelle et du mental, par exemple ce qu'il est entre Freud et Piaget.

La question est bien posée par Léontiev : « Un des sens moteurs est, sans doute, l'organe auditif ; l'oreille est, en effet, un sens libre, isolé du système de la praxis, de l'appareil des mouvements musculaires externes, c'est l'exemple même d'un organe contemplatif. »

On peut objecter là 2 choses capitales :

  1. Le vestibule fait partie de l'oreille et participe à l'équilibre du corps, au maintien de la position de la tête en l'espace, à la posture en général, pour faire la perception des rythmes et il entretient des liaisons étroites avec les cervelets coordinateurs des mouvements des membres ;
  2. L'oreille contrôle la phonation comme un capteur — c'est-à-dire qu'à travers la musculature du nasopharynx, des cordes vocales, de la respiration, elle contrôle l'émission et la vibration de l'air qui crée les sons à travers le rythme-mélodie de la parole, comme l'a bien montré Tomatis. Ce qui revient à dire que sans oreille, l'homme ne peut couramment rendre le son.

D'ailleurs, ce que Léontiev développe longuement sur l'oreille constitue incontestablement la base expérimentale de notre pratique audio-phonologique, ce qui fait que nous pouvons en faire un de nos plus grands initiateurs. Je reprends à dessein ce terme à résonance dostoïevskaïenne…

Surdité tonale et oreille musicale

En effet, dans son chapitre sur « le biologique et le social dans le psychisme de l'homme », Léontiev souligne que l'homme se différencie de l'animal par sa capacité de créer de la signification.

Léontiev développe dans le détail toute une expérimentation très précise et très scientifique sur l'oreille tonale, caractérisant l'oreille musicale et l'oreille timbrale caractérisant ainsi par l'oreille dans le langage parlé.

Cela semble signifier que pour lui le biologique et le social dans leur rapport au psychisme de l'homme passent par tout ce problème de la sensation auditive. L'analyse porte sur la capacité de différencier les hauteurs de son, c'est-à-dire l'oreille musicale.

Il montre que la surdité tonale, c'est-à-dire l'incapacité de différencier les hauteurs de son, est un problème fréquent chez l'homme. Il expérimente comment on peut analyser cette capacité de l'oreille de façon absolue par les sons purs et de façon plus physiologique en faisant intervenir le facteur timbre, ce qui sollicite tout le fait de la perception de phases de hauteurs, pour un certain nombre de patients sont à la maîtrise. Il vaut établir là, de toute évidence, les conditions de fonctionnement de l'oreille dans le langage parlé.

Il démontre de façon scientifique, en se situant dans la théorie réflexologique de Sechenov, que sous l'influence de l'action — c'est-à-dire en faisant chanter par le patient lui-même, les hauteurs à entendre et à discriminer —, on améliore considérablement les capacités de discrimination de son oreille.

Cela est le fondement de notre pratique que Tomatis a antérieurement codifiée et a introduite la réalité de la latéralisation de l'oreille.

Jakobson, Tomatis et la voix maternelle

Enfin, il faut rappeler qu'en 1960, est paru le livre de Jakobson sur « La charpente phonique du langage », qui prend pied de la linguistique fondamentale des idées de Léontiev, contre une des distinctions graves saxo non essentielles dans la transmission par le sens du sens. Selon lui, elles sont essentielles mais universelles-répandues sur le globe, est universel dont les bio-anthropologues occidentaux ne parlent pas du tout.

Nous ne pouvons oublier par ailleurs que c'est Tomatis qui, le premier, a proposé, dans la perspective de l'écoute, d'examiner la capacité de distinguer les hauteurs et les fréquences aiguës, capacité sans grande portée au plan de la communication.

Capacité actuellement encore généralement négligée dans l'examen clinique excepté de l'oreille, dont notre expérience spécifique nous montre qu'elle joue significativement dans l'apprentissage de la langue maternelle, comme des langues étrangères.

Enfin, toujours en référence à Léontiev, on peut noter qu'il a maintenant établi que les variations de sens, dans l'émission comme dans la réception, paraissent portées par des prééminences essentielles à une communication totale dans le sens, sémantique-linguistique, intégré par l'hémisphère cérébral gauche et de la mise affectivo-expressive de la parole intégrée par l'hémisphère cérébral droit.

La voix est bien, pour Jakobson, un élément essentiel « qui pose le problème des inscriptions entre coda verbal jusqu'aux constituants ultimes » phonétiques, bien entendu et processus neurologiques centraux.

Incontestablement, Léontiev et les chercheurs soviétiques nous conduisent à l'idée d'un cerveau qui se structurent dans l'interaction avec la réalité, dans laquelle la perception auditive concernant le corps avec implication motrice, la langue parlée, prise de la motorialité et du mouvement jouent un rôle fondamental et déterminant dans sa structuration.

Il est important de noter que les idées de Wernicke sur la latéralisation de la main se reconstituent dans cette affirmation.

Mais Léontiev et les savants soviétiques ne parlent pas, du moins à notre connaissance, de la voix de la mère.

La voix maternelle — clé de l'apprentissage et de la latéralisation

Tomatis est seul à avoir attiré l'attention sur la mystérieuse différence de longueur des 2 nerfs laryngés, certaines des cordes vocales, seuls muscles bilatéraux à être dyssymétriques, le gauche étant plus long que le droit.

Cela impliquerait chez la mère une commande asymétrique des cordes, l'influx survient plus tard à droite qu'à gauche.

De même, Husson, qui n'est pas soviétique, mais à notre connaissance, a fait des travaux de Mac Léontievici, anténatales, qui montrent que la moitié des plus longs, à gauche, hyperthrophie au fonctionnement d'auto-bas-de-en parient ne qui amènent le décalage de l'influx, par la longueur, ou compensé exactement par l'accélération de production en évoluant.

Il faut bien démontrer ici, sa non-orthographe au cours d'un mécanisme provoquant l'apprentissage, l'action de la parole.

Ascendantes qui aboutit à sa construction, donc une harmonisation de fonctionnement du langage alors que les hémisphères acquièrent à individualiser et un nouveau, à une expérience fonctionnelle, latéralisation dominante, centrée sur le problème de la parole et de l'hémisphère cérébral gauche.

2 choses apparaissent remarquables ici :

  • l'importance des effets rétroactifs moteurs par la parole que Léontiev a soulignée ;
  • le fait de la parole de la mère, qui règle de la fourniture entre un mystérieusement diachronisé au plan moteur et l'asymétrie de longueur des 2 laryngés.

Mais, pour en revenir à Léontiev, sa conclusion sur le chapitre sur « le biologique et le social dans le psychisme de l'homme » a débouché pas comme nous pourrions l'espérer sur ces questions essentielles concernant le sec, le corps et le langage…

Deux affirmations massives

Le critique-matérialiste s'éloigne au chapitre sur le sec et le corps :

  1. « Les facultés de l'homme ne sont pas contenues virtuellement dans son cerveau. Si le cerveau renferme virtuellement, ce ne sont pas telles ou telles aptitudes spécifiquement humaines, mais c'est seulement l'aptitude à la formation des aptitudes. »
  2. « C'est le monde qui apporte à l'homme ce qu'il a de véritablement humain. Le processus d'appropriation s'effectue en cours de développement du corps et du psychisme, rapporté au développement du sujet, et de sa vie ; ces processus sont déterminés par les conditions historiques, concrètes, sociales dans lesquelles il vit et la façon dont il vit la forme dans ces conditions. »

Qu'il soit bien clair que, vue ces affirmations nous paraissent inacceptables et un peu nous est avis, comme aussi gauche pour ne pas céder à la réalité.

En effet, si l'homme a réellement la capacité de créer du langage et de la symbolique, on s'agirait de quelque chose qui est moyen d'une relation personnelle. Eh c'est-à-dire que par la dynamique individuelle, plus ou moins consciente d'évolution de l'homme, chaque homme se créerait d'un point nouveau, spécifique à un sens véritable, c'est la dialectique de réalités du monde social et concret de l'amener.

Cela est particulièrement évident chez les grands démuns, immortelle en lutte, où apport transcendantal au monde s'est fait évident et ne peut s'abattre dans, à priori, sans nul autre dans le monde.

La fonction symbolique — au-delà du matérialisme

Aussi pouvons-nous, à la place, choisir entre les théories mentalistes, le fondement réducteur et de la bio-anthropologie et des théories réflexologiques soviétiques contondants à la psychologie absolue.

Nous avons à formuler maintenant notre propre théorie sachant que nous sommes turc(s) ici accusé du danger de l'idéologie, redoutent fausse car détournant ses systèmes fondamentaux de la réalité complexe et nous présence, réalité qui ne peut être commune indignement.

Cette théorie, selon nous, doit :

  • respecter et intégrer les vérités partielles déjà découpées par la science ;
  • redécouvrir l'idée de la rupture fondamentale qui reste au fond de toute démarche de connaissance et laisser la voie ouverte à une nouvelle théorie mieux fondée ;
  • aller avec une dynamique des bons sens (du bon sens) où à une autre, ne peut être difficile qu'instinctivement de la vie ouverte, dérivant du pouvoir entrer à tout moment.

Ainsi, notre théorie doit se fonder sur une conception personnaliste de l'homme.

La mère, la fusion primordiale et le don de la parole

La référence obligatoire à la personne renvoie à tout le problème du masque à travers lequel passent les vrais sens.

L'homme veut donc d'abord être vivant et le corps résonne aux stimulations du monde. Il se résume plus ou moins parfaitement de ses stimulations et cela en fonction de son histoire personnelle caractéristique unique et il résonne d'abord au sens de la voix, vérité maintenant peu discutable.

C'est la mère qui transmet le don de la parole, qui garde le privilège d'initiatrice primordiale, comme première de la différenciation de la personne, à travers ses capacités d'enfantement et d'écoute.

Voici la mère personne unique, porteuse de la Loi du monde à travers la langue d'une culture donnée, et le caractère fondamental de la personne aux trajets, c'est, dans cette interaction extraordinaire complexe et problématique, entre une parole de femme et une oreille d'enfant que le corps entier d'enfants apparaît récepteur des sens et créateur de sens.

La mère sera d'abord médiatrice des relations avec le milieu et le Père. Les autres et elle inculque incontestablement cette capacité de résonance qui fonde la personne.

La cascade géante question, tout à fait liée à la précédente est ensuite celle de l'accession à la fonction symbolique, attribut fondamental, essentiel, universel de la personne humaine, de la personne parlante.

La fonction symbolique en propre

Problème bien plus important à soulever que la pensée centrale de l'homme et de l'enquête qui paraissent l'être ou l'avoir.

Comment est-il libéré à l'aptitude à structurer des aptitudes comme nous disait son russes-maritimes, cas d'idéale génétique nos il primordial. La fonction auto-organisatrice de la connaissance, gantes de connaissance au niveau de la pensée parlante.

Hypothèses ainsi contradictoires à l'une ou l'autre du moins évidentes :

  • la première nie l'aspect personnaliste de la conscience individuelle, l'autre relève artificiellement la pensée du corps biologique sourd aux apparemments répétitifs de la réalité, agissant sur les apparemments répétitifs de la réalité, agissant sur les capacités sensori-motrices.

Qu'est-ce que la fonction symbolique ?

  • elle est consubstantielle à la démarche cognitive de l'homme, de sa capacité de résonance au monde ;
  • elle est la capacité d'extraire arbitrairement une signification du réel complexe qui l'environne par mécanisme d'identification — imitation par le corps ;
  • elle est aussi signification dans l'autre et doit être interprétée par lui dans la propre démarche connaissante : elle renvoie au concept de coexistence humaine, à la coalescence du sujet et de l'objet, c'est-à-dire qu'elle ne peut être justement citée que dans une conception phénoménologique de la connaissance ;
  • elle renvoie directement au fait à une interrogation de la connaissance, sur l'essence de la connaissance, fortement fondée sur la réaction psycho-sensori-motrice au monde et aux autres, préservant l'idée d'une vérité fondamentale de cette démarche, essentiellement insondable et universelle, mais véhicule de valeurs universelles.

Le langage parlé nous paraît être le sommet de la fonction symbolique.

Critique de l'arbitraire du signe

Cela implique que nous contestions de la façon la plus énergique le principe de l'arbitraire absolu du signe linguistique énoncé par De Saussure et objet d'une croyance quasi religieuse en Occident.

On voit bien que conversement, en effet, la fonction symbolique s'arrêterait à l'aspect oculo-graphique et ne s'étendrait pas au son.

D'autres que nous et des linguistes éminents sont d'accord sur ces arguments dans ce sens.

Un seul démontre les plus évidents du principe Saussurien de l'arbitraire absolu du signe linguistique est le rot urnal. Un des premiers mots de l'enfant qui désigne sa mère est de toute évidence d'abord symbolique et non pas arbitraire.

En effet, il y a calogie profonde ici autour du geste buccal de succion vers la sa de la mère par l'enfant qui devient à un moment donné porteur de sens, qui est aussi d'une démarche synthétique, significative de l'intussusception voulue dont la valeur est absolument unique et irréductible dans le temps.

Mais comme dans presque tous, universelle à toutes les cultures, il marque ce passage fondamental et reflexe au symbole comme nom.

Eh que le mot nous renvoie à la mère, qu'il marque une étape très importante de la fonction symbolique, nous paraît un problème anthropologique fondamental. Il dégage la question du symbolisme phonique comme originaire et fondatrice de la connaissance.

Les psychiatres savent bien qu'il faut s'inquiéter d'un enfant qui ne dit pas maman.

Marcel Jousse et l'anthropologie du geste

C'est Jousse qui à la même devait ici en évidence ce passage du geste corporel au son et au sens, et il s'opère selon lui à travers le masque.

Avant Mac Luhan, il a porté son attention de façon spectaculaire sur la tragique extrême pour élucider les mécanismes du discours de style oral, des peuples de l'oreille, des peuples sans écriture.

Il a dit : « Dieu en disposa peu que l'homme s'est fait que de geste ; mais il n'a, comme néanmoins-jeunesse, que des gestes. Mais sa vie intérieure est tous tendus de cette complexes succincts. »

C'est dire qu'il annonce Sechenov.

Il nous paraît tout à fait significatif que le religieux comme Jousse, qui a développé son enseignement en Sorbonne par ailleurs, rejoignant l'épine d'un encore soviétique, à travers les principes de l'importance de l'aspect moteur du langage, chacun restant dans une démarche qui lui est propre quant à ses préoccupés.

On pourrait ajouter à cela que Boulgakov, grand philosophe et théologien orthodoxe russe, ancien professeur d'économie marxiste rejoignant la fait Jousse sur la question du symbolisme phonique, en temps où De Saussure dégageait son postulat.

On fait également savoir que des psychologues ukrainiens éviderements à l'épopée actuelle ont apporté des arguments très solides, expérimentaux, en faveur de l'aspect symbolique du langage humain.

Nos travaux ailleurs dans le même sens sont auditeurs en Occident.

Jousse ainsi nous paraît être réellement un seul théoricien du langage qui permette de fonder même physiologiquement la question du symbolisme phonique. Comme d'ailleurs il commence les travaux de Jouvet, le sommeil en effirme que « le rêve est un rejeu cinétique global incessant ».

Intussusception et praxie laryngo-buccale

Jousse, en effet, montre de façon évidente comment s'effectue ce passage capital des praxies oculo-manuelles, base du geste humain et du mimisme — mimétisme des interactions du monde réel — aux praxies curiculaires laryngo-buccales.

Pour lui, le langage parlé est l'expression de l'être tout entier, par « intussusception » des gestes corporels manuels.

« Intussusception » étant un néologisme de son invention qui est l'équivalent de l'intériorisation de l'action dans les théories soviétiques, mécanisme de base pourrait-on dire de la fonction symbolique.

La praxie oculaire-corporelle nouvelle deviendrait si par transposition praxie curiculaire laryngo-buccale.

Jousse parle là d'irrépressible tendance : tout le problème est bien dans ce passage sonorisé à travers l'oreille, mystère de la capacité connaissante de l'homme, source de sa liberté.

Pour Jousse donc, « les nuances sont à l'origine du langage » : nuances, dont le mot devra son origine au mot mère.

Rythme et phonèmes : convergence avec Jakobson

Ces considérations sur les rythmes énergétiques, le rythmo-mélodisme, le rythmo-sémantisme, sont tout à fait significatifs de l'importance des discriminations des paramètres des sons du langage oral dans l'intégration du sens au niveau du système nerveux, annonçant là aussi le travail récent de Jakobson.

Il montre comment la consonne différenciée du geste dans le son alors que la voyelle universelle et étoffe finalement la rythmo-mélodie à travers l'intensité-durée.

Lui aussi, il pose le problème des langues à ton, appuyés sur la voyelle, préoccupation commune à Léontiev et riche d'observations neurophysiologiques actuellement tout à fait significatives.

Jousse souligne l'importance du souffle laryngé, donc de la respiration, imprimant, renforçant la bilatéralisation du geste corporel du langage parlé, reproduit dans l'écriture.

À ce propos et alors qu'aujourd'hui Foucault et certains linguistes partisans d'une accession directe, par l'œil aux significations (renvoie toute le langage de l'œil à Vendryès), semblaient vouloir remettre à la mode l'idéogramme chinois, Jousse a inspiré la tellement belle thèse de Tchang Tch'eng-Ming en 1937 sur « L'écriture chinoise et le geste humain ».

Il s'agit d'une brillante étude sur les idéogrammes archaïques datant de moins 1400 ans avant Jésus-Christ. Elle montre que ces caractères ne sont que la transposition d'abord des gestes et ensuite des discriminations phonétiques. Les caractères idéographiques modernes ne sont finalement qu'une déformation des originaux archaïques par stylisation arbitraire… Tentative suprême du lettré de détourner la connaissance à son profit… Phénomène central de tout le problème de l'écrit.

Jousse a créé le mot d'algébrose pour parler des langues actuelles, des pays de l'écriture très éloignées de la spontanéité originelle du langage gestuel-oral.

Pour Jousse, « les mots sont des fragments morts d'un ensemble gestuel vivant, de ce qu'il appelle un geste propositionnel ».

Le geste propositionnel

Le geste propositionnel, c'est le synthétisme vivant de l'homme face à la nature comme celui de l'enfant libre vis-à-vis du monde vivant.

Un exemple concret nous suffira à suggérer de quoi il s'agit et à montrer ce qui pourrait correspondre au langage symbolique original, étape fondatrice de l'homme dans l'enfant :

En français, on désigne un homme qui fauche par la phrase : « il fauche avec sa faux ». Il y a peu de rapports entre signifiant et signifié. On peut retenir seulement une vague analogie dans le geste de balayage évoqué par fauch…

En russe, la même phrase se dirait cosic, cosoï, véritable geste propositionnel, centré sur la répétition du son, très évocateur de la faux, sans artifice superflu, expression immédiatement évocatrice du geste vécu et de l'interaction répétitive avec l'herbe à abattre.

Ceux qui n'ont pas compris doivent à tout prix apprendre à faucher…

Pour ma part, la terrible phrase de Jousse : « le graphème donne la mort, le souffle donne la vie » m'a brutalement rappelé que j'écrivais — j'écrivais pour pouvoir vous parler de Marcel Jousse…

Conclusion — la parole comme symbole sonore résonant

Ainsi semble venu le temps de la conclusion :

  • Il est capital de s'interroger sur les origines du langage et nous pensons avoir démontré que la façon dont on répond à cette question n'est pas du tout neutre dans les pratiques quotidiennes des sciences de l'homme, depuis la pédagogie jusqu'à la psychologie et la thérapeutique.
  • Il n'y a pas de langages, il y a un langage parlé qui implique tout le corps, qui implique l'Être au monde du sujet parlant à travers la sensation auditive.
  • La parole est fondatrice de l'homme, elle est le symbole supérieur de l'homme vivant, symbole sonore doué se déroulant dans le temps.
  • Symbole signifié, la parole est porteuse de la modulation affective et de la modulation sémantique, toutes deux s'inscrivant différemment au niveau des hémisphères cérébraux associés dans son passage.
  • Par son rythme-sémantisme, sympathisée par le son qui porte le sens, tout le sens de telle femme ou de tel homme, la parole à travers ses discriminations sonores nous invite à l'autre, invite à la résonance.
  • Et par son histoire personnelle de celui qui parle — c'est-à-dire avec la façon dont il a pu s'individualiser à partir de la fusion primordiale à la mère et des aléas de l'aventure personnelle (tentation toujours présente de se sentir victime ou de rendre l'autre victime), elle se résonne avec sa façon de détenir une certaine vérité sur le monde et sur les autres ; connaissance qui renvoie à la façon dont chaque homme ou femme a pu savoir motrement intégrer la réalité environnante dont il ne peut être totalement, artificiellement séparé.

Cette invitation à la résonance est un tout indissociable en réalité, elle représente un sens, une signification absolument unique dans le cosmos, qui évolue dans le temps, définie à chaque instant, la trajectoire temporelle de la personne parlante depuis sa naissance jusqu'à sa mort. La parole exprimée ou secrète est symbole sonore permanent de la personne parlante et doit être interprétée comme telle.

L'unité de l'homme ne peut se réaliser qu'autour de la parole, comme de la fonction symbolique, c'est-à-dire possibilité unique et irréproductible à l'identique de créer du sens à travers le son, dont l'origine renvoie d'abord au mystère de la conscience humaine et des valeurs transcendantales au monde matériel qu'elle traverse.

— Dr J. Raynaud, communication au Congrès de l'Association Française d'Audio-Psycho-Phonologie, Bordeaux, 22 novembre 1981.

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